JONO ROTMAN – MONGRELISM

Le Mongrel Mob d’Aotearoa en Nouvelle-Zélande est connu pour son extrême violence, et a longtemps été considéré comme le grand ennemi de la nation. Né dans les années soixante, ce gang signifiant littéralement «bande de bâtards» ou «meute de bâtards» est devenu le plus puissant et redouté du pays. Ses quelque 1000 membres ne circulent habituellement pas à moto. Mais le gang est organisé comme un club de bikers, très hiérarchisé, avec ses prospects ou ses chapitres – il existe une trentaine de branches locales dans le pays. Le gang affiche de nombreuses contradictions: son icône est le bulldog britannique coiffé d’un casque nazi, alors que ses membres sont en grande partie des Maoris autochtones. Cette réappropriation des symboles nationalistes de l’Empire britannique et du IIIe Reich est une manière de questionner la notion d’identité raciale dans cette ancienne colonie. En immersion dans l’underground du Mongrel Mob pendant plus de 8 ans, le photographe néozélandais Jono Rotman publie aux éditions Here Press Mongrelism, le résultat d’une impressionnante recherche autour du célèbre gang. En détournant le genre de l’enquête ethnographique, il réalise près de 200 portraits de ces guerriers aux visages tatoués arborant fièrement leurs emblèmes, des portraits d’une terrifiante intimité. Rassemblant 152 reproductions et complété par des archives et des entretiens, l’ouvrage réalisé grâce au Prix du Livre Images Vevey témoigne de la richesse de cette sous-culture marginalisée. Ce magnifique ouvrage de 300 pages tiré à 1500 exemplaires, dont le projet a suscité la polémique en Nouvelle-Zélande – certains accusant le photographe de rendre le mal esthétique -, est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Here Press (il ne reste que quelques exemplaires).