Avec Life Still, publié par Aperture, Lee Friedlander confirme, à 91 ans, qu’il demeure l’un des grands arpenteurs visuels de l’Amérique contemporaine. Ce nouveau livre rassemble des images récentes et des photographies plus anciennes dans un montage libre où le temps semble volontairement brouillé. Depuis les années 1960, Friedlander observe les marges du quotidien — vitrines, routes secondaires, façades anonymes, ombres, reflets, voitures, panneaux publicitaires — mais Life Still donne à cette matière familière une résonance presque méditative. Le titre lui-même joue sur plusieurs sens : vie immobile, nature morte, persistance du vivant dans un monde saturé d’images. Fidèle à son style, le photographe transforme les scènes ordinaires en compositions complexes où les lignes se croisent, les surfaces se réfléchissent et les présences humaines apparaissent souvent comme des silhouettes fugitives. Là où l’image contemporaine cherche fréquemment l’impact immédiat, Friedlander continue de privilégier l’ambiguïté et la densité visuelle ; ses photographies exigent du regardeur une attention lente, presque physique. Accompagné d’un texte du critique Hua Hsu, le livre apparaît comme une réflexion discrète sur la mémoire, le vieillissement et les contradictions persistantes de la société américaine. Plus qu’une simple publication photographique, Life Still s’impose comme une œuvre de maturité, lucide et profondément vivante, où Friedlander rappelle que le réel reste toujours plus étrange et plus complexe qu’il n’y paraît. Le livre de 160 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Aperture.

