Category Archives: Art

KATHERINE BERNHARDT – SWATCHES

Dans ses essaims jubilatoires et écœurants de burgers, tacos, cigarettes, pastèques, frites, ordinateurs ou rouleaux de papier-toilette, Katherine Bernhardt tartine la surface de ses toiles, comme on remplit un caddie. En raison de la myriade d’objets présents dans ses toiles, son travail est parfois interprété comme une critique ironique du consumérisme. Pourtant, ce n’est pas une préoccupation consciente de l’artiste, qui est essentiellement motivée par une fascination pour son environnement du quotidien et par le fait de lui donner une expression nouvelle à travers la couleur et la composition. Grande collectionneuse de montres à quartz suisses Swatch, l’artiste semble vouer un véritable culte à cet objet emblématique des années 80/90. Son obsession débute à l’adolescence, dans la banlieue de Saint Louis. Interpellée par leurs formes, leur inépuisable variété de graphisme et leur sophistication pop, ces montres en plastique sont devenues une constante dans la culture visuelle de Bernhardt. Au cours de la dernière décennie, elle crée de nombreuses peintures de montres Swatch, et ce nouvel ouvrage, publié par les éditions new-yorkaises Karma à l’occasion de son exposition Swatch en août 2017 à la galerie Karma, présente sa collection originale de Swatches, conservée pendant toutes ces années, ainsi qu’une vaste sélection de ses œuvres sur ce thème: croquis, dessins au feutre, peintures, etc. Le livre de 144 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Karma, ainsi que sur Amazon.com.

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SALLY MANN – A THOUSAND CROSSINGS

Depuis plus de quarante ans, Sally Mann réalise des photographies expérimentales d’une beauté envoûtante et mélancolique, qui explorent les thèmes primordiaux de l’existence : la mémoire, le désir, la mort, les liens familiaux et l’indifférence magistrale de la nature à l’égard de l’activité humaine. Ce qui unit ce vaste corpus d’œuvres (portraits, natures mortes, paysages et autres études), c’est qu’il est né d’un lieu, le sud des États-Unis. Originaire de Lexington, en Virginie, Mann utilise son amour profond pour sa terre natale et la connaissance de son héritage historiquement chargé pour poser des questions puissantes et provocatrices – sur l’histoire, l’identité, la race et la religion – qui résonnent au-delà des frontières géographiques et nationales. Elle obtient une renommée internationale dans la fin des années 80, dans un climat de controverse liée à sa représentation d’une enfance sensuelle et grave, dont les protagonistes étaient ses propres enfants et la toile de fond, un ancestral paysage virginien. Publié par les éditions américaines Abrams Books, le catalogue de l’exposition itinérante (Washington, Salem, Los Angeles, Houston, Paris, Atlanta), présente une vue d’ensemble des réalisations artistiques de la photographe américaine. Organisé en cinq grandes sections – Family, The Land, Last Measure, Abide with Me, et What Remains – et comprenant de nombreuses œuvres qui n’ont jamais été exposées ou publiées auparavant, A Thousand Crossings est une une rétrospective magistrale de Sally Mann. Avec cet imposant ouvrage de 320 pages, l’artiste affirme une nouvelle fois son statut de figure de proue au sein d’une veine de la photographie contemporaine volontiers anachronique dans son pictorialisme, décomplexée vis-à-vis de la modernité et revendiquant son archaïsme comme la marque de son esthétique et de ses préoccupations atemporelles. Le livre est disponible sur la boutique en ligne des éditions Abrams Books, ainsi que sur Amazon.com.

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OLIVIER MOSSET – WHEELS

Né en 1944 à Berne, Olivier Mosset vit et travaille actuellement à Tucson, Arizona. L’un des quatre jeunes artistes du groupe BMTP (avec Daniel Buren, Niele Toroni et Michel Parmentier) qui se révoltèrent en 1967-68 contre l’institution artistique, son œuvre dépasse largement cette époque. Installé aux États-Unis depuis 1977, Mosset, seul artiste européen à s’être immédiatement situé dans la postérité de la grande peinture abstraite américaine, a pu construire une œuvre à la mesure à la fois des formats américains et de la réflexion critique occidentale. Abstraction géométrique, monochrome puis post-abstraction : le travail de Mosset, qui se dit lui-même peintre avant d’être artiste, s’appuie sur un principe de neutralité, de radicalité et d’effacement qui interroge constamment les limites de la peinture. Il achète sa première moto à Paris à la fin des années 1960, une Harley Davidson trouvée dans un surplus de l’armée américaine. Le jeune peintre contribuera aux débuts d’une sous-culture encore totalement inconnue en Europe à l’époque : celle du club de motards. Son atelier rue de Lappe occupe alors une double fonction : espace d’ouverture aux expériences picturales radicales, il fait également office de garage pour le premier club de motards marxisants, dont les membres avaient sympathisé avec les étudiants révoltés de mai 68. Les voitures et les motos ont été une force motrice dans la vie et l’œuvre d’Olivier Mosset : une attitude et un style de vie, un moyen de transport et, plus tard, à partir du milieu des années 1990, un instrument de ready-made. Publié par les éditions suisses Edition Patrick Frey, Wheels revient sur la carrière d’Olivier Mosset à travers le prisme de sa fascination pour les motos et les engins motorisés et de leur influence sur sa pratique artistique. Ce catalogue singulier comprend un entretien mené par Elisabeth Wetterwal avec Olivier Mosset et l’artiste américain Vincent Szarek, ainsi qu’un essai de l’historien de l’art Philip Ursprung qui analyse l’importance de la technologie, de la culture et de la nature dans l’œuvre de Mosset. On y retrouve également une chronologie descriptive de tous les véhicules possédés par le plasticien suisse durant sa vie. Le livre de 224 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Edition Patrick Frey.

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MARTIN AMIS – THE GAMBLERS

Martin Amis est le fondateur de l’excellent site britannique PhotoBookStore.co.uk, dédié aux livres de photographies. En 2005, il décide de passer derrière l’objectif pour réaliser The Gamblers, un projet de longue haleine pour Amis, qui documente le quotidien des hippodromes du sud de l’Angleterre à travers ses clichés, depuis de nombreuses années. Publié par les éditions RRB, le livre de 104 pages est un portrait affectueux des amateurs de courses hippiques, un clan de passionnés bien informés, issus d’un invraisemblable mélange de classes et de milieux sociaux, qui se réunissent pour trouver le prochain grand vainqueur. Le photographe se mêle à la foule des turfistes, appareil photo à portée de main, pariant souvent lui-même sur les chevaux, en cherchant son prochain sujet. Bien qu’il ait couvert un nombre incalculable de courses pendant plus d’une décennie, et ce avec une variété d’appareils photo et de stratégies de prise de vue, Amis a savamment rassemblé ses images en une seule et même histoire. Bourré d’humour et de tendresse, The Gamblers présente des moments de grand bonheur et de grande détresse, des moments de tension ultime précédant le moment de la victoire ou de la défaite. Martin Amis explique: « Mes fréquentes sorties à l’hippodrome avec mon père font partie de mes plus beaux souvenirs d’enfance. J’aimais regarder les chevaux courir, mais j’aimais encore plus regarder ces personnages hétéroclites parier sur eux. La puanteur de la bière et du tabac remplissait l’air, les chants des bookmakers de la dernière chance coupaient court aux conversations animées des joueurs, pendant que j’aidais mon père à placer ses paris. J’ai adoré chacun de ces moments et j’ai continué à jouer et à apprécier les courses hippiques dans ma vie d’adulte. En tant que photographe, c’était un sujet très évident sur lequel je savais que je devais poser mon objectif. » Ce très bel ouvrage est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions britanniques RRB. Une version limitée à 50 exemplaires, accompagnée d’une sérigraphie signée par le photographe, est également disponible.

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MAGNUM PHOTOS SQUARE PRINT SALE 2018 – FREEDOM

À l’occasion du cinquantenaire des évènements de mai 68, Magnum explore comment la notion de liberté se manifeste dans le travail des photographes de la célèbre agence, à travers des clichés choisis par les photographes eux-mêmes et accompagnées de textes personnels. Les photographes explorent le thème dans sa dimension politique et historique (avec les images de Paris en Mai 68 par Bruno Barbey, la libération de Paris par Robert Capa, Tiananmen Square par Stuart Franklin) mais aussi culturelle (le festival de Venice Beach par Dennis Stock, le périple de Cristina de Middel sur les traces de Legba, un esprit Yoruba au Nigeria…) parmi d’autres. Pour cette nouvelle Square Print Sale intitulée Freedom, plus de 70 images sont maintenant disponibles en ligne au prix unitaire de 100$ par tirage (format 15,2cm x 15,2cm), de qualité muséale, signées ou tamponnées par l’estate, et ce jusqu’au vendredi 8 juin minuit.

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JOEL MEYEROWITZ – HACIA LA LUZ (OUT OF THE DARKNESS)

Pionnier de la photographie couleur, le photographe new-yorkais Joel Meyerowitz a parcouru l’Andalousie entre 1966 et 1967 et a pris des centaines de clichés qui constituent un document exceptionnel de l’Espagne des années 1960. Le temps qu’il a passé dans le sud de l’Espagne, à une période charnière pour la péninsule ibérique, a marqué un point d’inflexion créative dans sa carrière, et durant cette étape il travaille à la fois en couleur et en noir et blanc. À partir de 1972, il bascule définitivement vers la couleur. Publié par les éditions madrilènes La Fábrica, Hacia la Luz (Out of the Darkness) contient une centaine d’images de ce voyage initiatique, divisé en quatre sections – Power, Street, From the Car et Flamenco – et comprend des textes de Francesco Zanot et Miguel López-Remiro, ainsi qu’une interview entre le photographe et Nuria Enguita, directrice de Bombas Gens (Valence), où les photographies sont exposées en mars 2018. L’ouvrage est une ode à la lumière, écrasante ou absente. Au fil des pages, Joel Meyerowitz s’éloigne de la street photography pure, pour entrer dans les foyers andalous. Le new-yorkais se balade, s’arrête aux terrasses des cafés de Malaga, observe les petits vieux qui l’observent en retour, traverse les fêtes religieuses, passe par les arrière-cours ou les salles à manger, immortalise des acrobates sous un chapiteau, s’invite dans une démonstration familiale de flamenco, puis retourne à nouveau dans les rues, là où le soleil accable… Le livre de 180 pages ravira les amateurs du travail de Joel Meyerowitz et les passionnés de photographie. Il est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions La Fábrica, ainsi que sur Amazon.com.

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JORDAN BAUMGARTEN – GOOD SICK

Publié par les éditions britanniques Gost Books, Good Sick est le nouveau livre du photographe américain Jordan Baumgarten, documentant les errances et les tourments de personnes touchées par la toxicomanie et la prostitution, dans le quartier de Kensington dans le nord de Philadelphie, en Pennsylvanie. Le monde de la toxicomanie y coexiste avec la vie quotidienne du quartier, et plusieurs signes et présages du désordre et de la confusion ambiante sont observables dans le paysage environnant. Les photographies de ce livre représentent le chaos; la nature qui empiète sur la dégradation urbaine; l’ambiguïté entre l’enchantement et les ténèbres; les moments privés devenus publics; les animaux et les humains qui errent librement, et toujours, quelque part, un feu qui brûle… Les images de Good Sick représentent une petite proportion de celles prises par Baumgarten, originaire de la ville, entre l’hiver 2012 et le printemps 2017. Le photographe explique: « Bien que toutes les photographies aient été faites à Philadelphie, le projet ne concerne pas cet endroit précis. La ville sert de microcosme pour discuter des problèmes qui déchirent le tissu de notre paysage social. Le titre du livre est l’argot qui désigne la nausée qui vient après l’injection d’héroïne, et il sert également à communiquer la dualité de la terreur et de la beauté qui est représentée tout au long de l’ouvrage. Ma relation avec Philadelphie est profonde et polarisante. Je suis né ici, je suis allé à l’université ici, j’ai rencontré et épousé ma femme ici, j’ai aussi failli y être tué et j’ai été témoin de certaines des pires tragédies imaginables. L’expérience, et cette relation compliquée au lieu, est la pierre angulaire de mon travail et le moteur de ma vie. » Malgré le malaise que suscite le livre, le projet de Jordan Baumgarten constitue un témoignage précieux sur la face sombre des grandes villes américaines et sur les laissés pour compte du Rêve Américain, tout comme l’a pu être Raised By Wolves du photographe américain Jim Goldberg, il y a plus de vingt ans. Le livre de 96 pages, signé par le photographe et limité à 650 exemplaires, est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Gost Books.

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JOEL MEYEROWITZ – WHERE I FIND MYSELF

Né en 1938 dans le Bronx, Joel Meyerowitz est l’archétype du new-yorkais cultivé qui a embrassé son époque avec curiosité et empathie. Par son travail en couleur, il a révolutionné l’histoire de la photographie. A l’instar de William Eggleston ou de Stephen Shore, il a influencé de jeunes générations de photographes et particulièrement l’école allemande de Düsseldorf. Au milieu des années 1960, un long voyage en Europe marque un tournant dans la carrière de Joel Meyerowitz et lui permet d’affirmer son style. Mais ce n’est qu’au début des années 1970, qu’il se consacre exclusivement à la couleur. Publié par les éditions britanniques Laurence King Publishing, Where I Find Myself accompagne une grande rétrospective récemment présentée au C/O Berlin (décembre 2017 – mars 2018). Ce livre constitue la monographie la plus complète à ce jour sur le célèbre photographe américain, et est publié à l’occasion de son 80ème anniversaire. Organisée en chronologie inversée, elle remonte toute la carrière de Meyerowitz, d’aujourd’hui aux débuts. Tous les grands projets du photographe y sont présentés : les ateliers de Morandi et de Cézanne, ses études sur les arbres, Cape Cod, les ruines du World Trade Center, ses voyages sur les traces de Robert Frank à travers les États-Unis, ses expérimentations sur la couleur et le noir & blanc, et bien sûr ses célèbres photos de rue à Paris et New York. Cet imposant ouvrage de 352 pages et 400 images en couleur et noir et blanc rassemble ainsi une sélection des plus beaux clichés du photographe. Célèbres ou plus obscures, étonnantes et dissonantes, ces images révèlent les différentes clés de lecture de l’œuvre de Joel Meyerowitz, et célèbrent la photographie en tant que forme d’expression artistique. Le livre est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Laurence King Publishing, ainsi que sur Amazon.com.

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TAKASHI MURAKAMI – LINEAGE OF ECCENTRICS

Lineage of Eccentrics est une exposition qui résulte de la collaboration entre Takashi Murakami et l’historien de l’art japonais Nobuo Tsuji pour faire dialoguer le travail de l’artiste avec des chefs-d’œuvre nippon de la collection du Museum of Fine Arts de Boston. Cette juxtaposition révèle comment la vision contemporaine de Murakami, pop et acidulée, est richement inspirée par l’art japonais traditionnel. Ses œuvres, à la fois irrévérencieuses et teintées de culture populaire ont fait de lui l’un des artistes japonais les plus reconnus aujourd’hui. Son tempérament gai et contemporain, cependant, ne révèle pas sa profonde érudition et sa passion pour la peinture japonaise, l’une des plus anciennes et des plus raffinées des arts visuels japonais, englobant une grande variété de genres et de styles… Takashi Murakami: Lineage of Eccentrics, le catalogue de l’exposition, présente des exemples clés du travail de Murakami aux côtés d’une riche sélection de chefs-d’œuvre japonais s’étendant sur plusieurs siècles et arrangés à cette occasion selon des concepts élaborés par l’un de ses mentors, l’historien de l’art japonais Nobuo Tsuji. Magnifiquement illustré par les sélections de Tsuji de la prestigieuse collection d’art japonaise du Museum of Fine Arts de Boston, ainsi que certaines toiles et sculptures parmi les plus célèbres de Murakami, le livre est une grand réussite. L’association de l’ancien et du neuf dans cet ouvrage au concept novateur enrichit notre compréhension et nous montre comment l’art contemporain peut être considéré comme faisant partie d’un continuum ou d’une lignée. L’ouvrage de 208 pages contient également des textes d’Anne Nishimura Morse, Matthew Teitelbaum, ainsi qu’une conversation passionnante entre Nobuo Tsuji et Takashi Murakami. Lineage of Eccentrics est maintenant disponible sur la boutique en ligne du Museum of Fine Arts de Boston, ainsi que sur Amazon.com.

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LE PETIT VOYEUR 6

LE PETIT VOYEUR est une publication indépendante de Copenhague, dédiée à la mise en valeur et à la promotion d’une sélection éclectique d’artistes visuels talentueux et de créatifs internationaux. L’accent est mis sur la présentation de travaux de photographes et d’artistes en offrant un large panorama de la scène artistique contemporaine, allant de la photographie de nu au meilleur street art actuel. Après le succès des cinq premiers volumes déjà publiés et de son livre thématique (voir ici), LE PETIT VOYEUR publie aujourd’hui son sixième numéro, un magnifique ouvrage de 372 pages. Publié dans une édition limitée à 2000 exemplaires, le livre présente les travaux récents d’artistes et photographes aux horizons variés: AnaHell, Andrea Olivo, Cathrine Raben Davidsen, Christian Rex Van Minnen, DOES, Elsa Bleda, Floto+Warner, Formento & Formento, Giuseppe Palmisano (qui réalise également la couverture de ce numéro), Harumi Yamaguchi, Henrik Uldalen, Ilk, Jamel Shabazz, Joanne Leah, Keiichi Tanaami, Kimbra Audrey, Lana Prins, Linsey Levendall, Louisa Gagliardi, Low Bros, Marinos Tsagkarakis, Maxime Ballesteros, Michael Reeder, Musa71, Nate Walton, Rachel Lamb, RENS, Sara-Vide Ericson, Scott Listfield, SKEME, S k k i ©, Todd James, Yana Toyber et enfin Yung Cheng Lin. La conception de ce nouveau numéro est une fois de plus une grande réussite, avec l’utilisation de trois sortes de papiers différents et une mise en page originale, pour un rendu final très convaincant. LE PETIT VOYEUR 6 est maintenant disponible sur la boutique en ligne de la revue danoise.

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HARRY GRUYAERT – ROOTS

Membre de l’agence Magnum depuis 1982, Harry Gruyaert décrit la photographie comme une expérience physique, un état d’excitation. Héritier de la tradition américaine incarnée par Saul Leiter, Joel Meyerowitz, Stephen Shore ou William Eggleston, très influencé par le cinéma, Harry Gruyaert a su créer une palette chromatique extrêmement personnelle, un rouge dense, un vert qui vibre, une manière de découper la lumière et ses ombres dans le cadre. Le photographe belge explique: « La couleur est plus physique que le noir et blanc, plus intellectuel et abstrait. Devant une photo en noir et blanc, on a davantage envie de comprendre ce qui se passe entre les personnages. Avec la couleur on doit être immédiatement affecté par les différents tons qui expriment une situation. » Avec une vingtaine de nouvelles photographies, cette édition augmentée de Roots (initialement publié en 2012 et rapidement épuisé) – publiée par les Éditions Xavier Barral – nous plonge dans la Belgique des années 1970 à 1980 à travers un regard étrange et familier. Des premières photographies en N&B à la révélation de la couleur, cet ouvrage explore l’univers si particulier, presque expressionniste, du photographe belge. Ayant quitté la Belgique depuis plusieurs années, Harry Gruyaert s’est senti prêt à y revenir en 1973 et à porter un regard neuf, plus distancié, sur sa terre natale. Il commence à travailler en noir et blanc s’intéressant à la fois à des scènes du quotidien et à des sujets plus pittoresques au gré des fêtes, carnavals et autres manifestations locales en évitant les pièges sentimentaux ou documentaires. Puis c’est le basculement à la couleur : « J’ai mis environ deux ans à y voir la couleur qui m’intéressait. Ce fut une révélation. Par ailleurs, j’ai commencé à voyager en photographiant au Maroc, en Inde, toujours en couleur. Mais il y avait la Belgique, avec ce rapport de refus et d’attirance en même temps. Je savais que c’était un endroit visuellement intéressant, dans lequel il se passait des choses incongrues. Ce n’est pas pour rien que le surréalisme y a été si important. » Dans un texte très personnel, accompagnant ses photographies, Harry Gruyaert commente son rapport à la Belgique. Tandis qu’un essai de l’écrivain belge Dimitri Verlhust nous fait véritablement vivre ces photographies de l’intérieur. Le livre de 200 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des Éditions Xavier Barral. Une édition signée et numérotée de 1 à 30, sous coffret et comprenant un tirage couleur à encres pigmentaires sur papier baryté (26 x 37 cm) est également disponible en ligne, ici.

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THE STREET PHILOSOPHY OF GARRY WINOGRAND

Garry Winogrand est un photographe américain de l’après-guerre, célèbre pour ses photographies de New York et de la vie aux États-Unis depuis les années 1950 jusqu’aux années 1980, témoignages d’un pays balloté entre optimisme et bouleversements. Il aura marqué de son empreinte l’esthétisme des années 1960 et 1970, ainsi que l’histoire de la street photography. Si Winogrand est considéré comme l’un des plus grands photographes du XXe siècle, l’examen de son corpus pictural et de son influence sur la discipline demeurent incomplets, tant il a laissé de travail à accomplir dans l’archivage, le développement et le tirage de ses photographies. À sa mort, survenue brutalement à l’âge de 56 ans, il a laissé derrière lui environ 6 500 bobines qu’il n’a jamais vues. Dans The Street Philosophy of Garry Winogrand (UT Press), l’écrivain britannique Geoff Dyer a réuni plus d’une centaine de ses photographies conservées au Center for Creative Photography, dont dix-huit en couleur sont publiées pour la première fois, qu’il a toutes accompagnées d’un commentaire. La combinaison des photographies de Winogrand, classées par ordre chronologique, et des légendes de Dyer, drôles et inattendues, offre une nouvelle lecture de ces images. S’inspirant d’Adget, l’ouvrage culte de John Szarkowski publié en 2000, Dyer embarque le spectateur/lecteur dans un voyage extrêmement original à travers des images iconiques et inédites. Le livre englobe la plupart des thèmes majeurs de Winogrand et reste largement fidèle aux faits chronologiques et géographiques de sa vie, mais les réponses de Dyer aux photographies sont peu orthodoxes, parfois révélatrices et souvent hilarantes. Cette combinaison atypique du photographe et de l’écrivain, d’images et de textes, offre elle-même ce que Dyer revendique pour la photographie de Winogrand – une éducation à la vue. Le livre de 240 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions UT Press, ainsi que sur Amazon.com.

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