Category Archives: Art

KRIS LÜDI – SMOKE

À Appenzell (Suisse), lorsque les troupeaux redescendent des alpages à l’automne, les traditions prennent parfois des airs de scène surréaliste. Parmi les costumes, les fêtes et les gestes transmis de génération en génération, une image surprend : celle de très jeunes enfants, parfois âgés de quelques années seulement, un cigare Stumpen à la bouche. C’est dans cette étrange rencontre entre l’enfance et les codes du monde adulte que Kris Lüdi puise la matière de SMOKE, son nouveau livre publié en 2026 par Edition Patrick Frey. Photographe, cinéaste et artiste visuel suisse né à Zurich en 1987, Lüdi entretient un lien personnel avec Appenzell, où il passait ses étés chez ses grands-parents. Longtemps observée avec le regard d’un jeune citadin extérieur à cette communauté, cette tradition devient aujourd’hui le point de départ d’un travail photographique à la fois documentaire et introspectif. Les images de SMOKE ne se contentent pas d’enregistrer une coutume locale : elles en révèlent l’étrangeté et les contradictions. Face à l’objectif, les enfants apparaissent avec une assurance déconcertante, leurs visages sérieux contrastant avec leur jeune âge. Le cigare devient alors bien plus qu’un accessoire folklorique : il évoque l’appartenance, la transmission et le passage vers l’âge adulte. Lüdi ne cherche pourtant pas à condamner cette pratique. Il préfère laisser les images installer un malaise discret et pousser le spectateur à s’interroger. Que reste-t-il d’une tradition lorsqu’elle devient incompréhensible aux yeux de ceux qui lui sont étrangers ? Jusqu’où une communauté peut-elle préserver ses rites face aux transformations de la société ? Ces questions traversent les 120 pages de SMOKE, où l’observation d’un rituel local ouvre sur une réflexion plus large autour de la mémoire, de l’identité collective et du rapport au changement. Entre fascination et trouble, le livre compose ainsi le portrait d’une Suisse rurale loin des représentations folkloriques habituelles. La fumée devient une métaphore forte : elle dissimule autant qu’elle révèle, brouille les repères et transforme une scène familière en quelque chose d’étrangement mystérieux. C’est dans cette zone d’incertitude que Kris Lüdi installe son regard, faisant de SMOKE un objet photographique aussi déroutant que profondément contemporain. Le livre est maintenant disponible sur la boutique en ligne d’Edition Patrick Frey.

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JULIE GLASSBERG – DEKOTORA

Avec Dekotora, la photographe française Julie Glassberg nous entraîne au cœur d’un univers aussi spectaculaire que méconnu : celui des camions japonais extravagamment décorés, véritables cathédrales roulantes de chrome, de néons et de peintures flamboyantes. Derrière l’éclat visuel de ces véhicules, connus sous le nom de dekotora – contraction de deko torakku, « camion décoré » –, se révèle une communauté passionnée, souvent marginalisée, qui perpétue une tradition populaire née à la fin des années 1960. Pendant plusieurs années, Glassberg a suivi ces routiers-artistes à travers le Japon, partageant leur quotidien, leurs rassemblements et leurs rêves. Son regard documentaire dépasse largement la fascination esthétique pour interroger les notions d’identité, d’appartenance et de mémoire collective. Les images, d’une grande richesse chromatique, dévoilent autant les carrosseries transformées en œuvres d’art que les intérieurs minutieusement aménagés, véritables espaces de vie où se mêlent nostalgie, fierté et imagination. À rebours des clichés associant cette culture à une forme de marginalité ou de délinquance, la photographe met en lumière une humanité chaleureuse et profondément attachée à ses traditions. Le livre montre également comment cet univers est aujourd’hui menacé par les réglementations et les mutations économiques, faisant du dekotora une pratique en voie de disparition. En dialogue avec le spécialiste de la culture populaire japonaise Kyoichi Tsuzuki, Glassberg replace ce phénomène dans une histoire plus large de l’ornementation au Japon, où temples, sanctuaires, chars de festivals et véhicules décorés participent d’un même goût pour l’exubérance visuelle. Publié par Edition Patrick Frey, cet ouvrage de 212 pages rassemble une centaine de photographies en couleur qui composent un portrait sensible et immersif d’une sous-culture fascinante. Entre documentaire social, exploration anthropologique et célébration esthétique, Dekotora révèle un Japon loin des images convenues, où la route devient le théâtre d’une poésie lumineuse et obstinée. Le livre est disponible sur la boutique en ligne d’Edition Patrick Frey.

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MARTIN PARR – THE LAST RESORT @ ROCKET GALLERY – LONDON

Martin Parr : The Last Resort est une exposition présentée par la Rocket Gallery de Londres du 25 septembre au 31 octobre 2026. Elle met à l’honneur l’une des séries photographiques les plus emblématiques du photographe britannique Martin Parr, réalisée à New Brighton, dans le Merseyside, entre 1983 et 1985. Cette œuvre marque un tournant majeur dans la photographie documentaire britannique grâce à l’utilisation audacieuse de la couleur saturée et du flash direct. Réalisées durant l’ère Thatcher, ces images montrent les visiteurs d’une station balnéaire en déclin, mêlant humour, ironie et regard critique sur la société britannique. L’exposition célèbre les quarante ans de la publication du livre original et de sa présentation historique à la Serpentine Gallery de Londres en 1986. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, la série est présentée sous sa forme photographique d’origine, avec des tirages Fujicolour C-type réalisés à partir des négatifs originaux. Des tirages d’époque ainsi que des documents issus des archives personnelles de Martin Parr complètent le parcours, offrant un éclairage précieux sur la création et la réception parfois controversée de cette œuvre. Considérée comme un jalon de la photographie couleur contemporaine, The Last Resort demeure une référence incontournable pour son portrait sans concession de la Grande-Bretagne des années 1980.

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ED VAN DER ELSKEN – UP CLOSE

Publié par les éditions néerlandaises nai010 à l’occasion d’une grande exposition au Rijksmuseum d’Amsterdam, Up Close est bien plus qu’un simple livre de photographie : c’est une immersion dans l’univers d’Ed van der Elsken, figure majeure de la photographie documentaire européenne du XXe siècle. Conçu comme une rétrospective de son œuvre, l’ouvrage rassemble plusieurs décennies d’images réalisées aux quatre coins du monde et révèle la singularité de son regard sur la vie quotidienne. Dès les premières pages, le lecteur est frappé par la proximité que le photographe établit avec ses sujets. Son appareil ne se contente pas d’observer : il partage, accompagne et participe. Qu’il photographie les rues d’Amsterdam, les quartiers populaires de Paris, les jeunes rebelles des années 1950 ou les populations rencontrées lors de ses voyages, van der Elsken privilégie toujours la rencontre humaine à la recherche d’une image parfaite. Cette approche directe confère à son travail une force rare, où l’énergie du réel prime sur toute mise en scène. Les photographies réunies dans Up Close témoignent de son intérêt pour les marges, les personnalités affirmées et les existences vécues avec intensité. Amoureux, artistes, travailleurs ou anonymes composent une galerie de portraits dont les visages racontent une époque. Le noir et blanc contrasté renforce l’expressivité de ces scènes saisies sur le vif, tandis que les cadrages dynamiques traduisent l’urgence et la spontanéité de son regard. L’ouvrage montre également l’évolution d’un auteur qui n’a jamais cessé d’expérimenter, du reportage au journal visuel, brouillant les frontières entre observation et implication personnelle. À travers cette sélection généreuse, se dessine le portrait d’un photographe libre, animé par une curiosité constante pour les êtres humains et les transformations de son temps. Plus qu’un recueil d’images, Up Close est le témoignage d’une manière de vivre la photographie comme une expérience directe du monde. Une publication essentielle pour découvrir ou redécouvrir l’un des regards les plus singuliers de la photographie contemporaine. Le livre de 320 pages est maitenant disponible sur la boutique en ligne des éditions nai010.

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CHARLOTTE PERRIAND – THE ART OF DWELLING

Avec The Art of Dwelling, la grande figure du design moderne Charlotte Perriand retrouve toute son actualité dans une monographie ambitieuse qui dépasse largement le cadre du catalogue d’exposition. Publié par les éditions allemandes Hatje Cantz à l’occasion d’une importante rétrospective européenne, l’ouvrage retrace le parcours de cette créatrice visionnaire qui a profondément transformé notre manière d’habiter le monde. Des collaborations fondatrices avec Le Corbusier aux projets expérimentaux des Arcs, en passant par ses séjours déterminants au Japon, en Indochine et au Brésil, le livre montre comment Perriand a construit une pensée du logement fondée sur l’équilibre entre fonctionnalité, beauté et responsabilité sociale. Richement illustré de photographies, d’archives inédites, de documents historiques et de reconstitutions d’intérieurs, The Art of Dwelling révèle une œuvre où le design n’est jamais un simple exercice de style mais un véritable projet de société. À travers ses meubles iconiques, ses recherches sur les matériaux et son dialogue constant entre artisanat et industrie, Perriand apparaît comme une pionnière des questions aujourd’hui centrales de durabilité, d’écologie et de qualité de vie. Plus qu’un hommage patrimonial, cet ouvrage propose une lecture contemporaine d’une créatrice qui considérait l’habitat comme une attitude, une façon de vivre en harmonie avec son environnement. Près de trente ans après sa disparition, sa vision humaniste résonne avec une force remarquable, faisant de The Art of Dwelling une référence essentielle pour comprendre l’héritage du modernisme et les enjeux du design de demain. Le livre de 272 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Hatje Cantz.

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JERRY HSU – HOW ABOUT NEVER

Avec How About Never, publié chez MACK, Jerry Hsu poursuit une œuvre photographique singulière qui l’impose aujourd’hui bien au-delà de son statut d’icône du skateboard. Réunissant des images réalisées entre 2011 et 2024, ce nouveau livre propose une traversée de Los Angeles à hauteur d’homme, loin des clichés glamour associés à la métropole californienne. Hsu y déploie un regard attentif aux marges, aux accidents du paysage urbain et aux détails que l’on ne remarque habituellement pas : carcasses de voitures, enseignes dégradées, blessures anonymes, animaux errants ou scènes fugaces saisies au détour d’une rue. Ses photographies composent un récit fragmenté où l’étrange surgit constamment du quotidien. Loin du reportage documentaire classique, How About Never fonctionne comme un journal visuel dont la cohérence naît des correspondances secrètes entre les images. L’humour discret, l’absurde et une forme de mélancolie traversent l’ensemble de l’ouvrage, donnant à ces scènes ordinaires une dimension presque cinématographique. La ville devient alors un personnage à part entière, à la fois brutale et poétique, familière et inquiétante. Fidèle à une esthétique développée au fil de ses précédents livres (voir The Beautiful Flower is the World ici), Hsu privilégie l’intuition à la démonstration et laisse au lecteur la liberté de construire ses propres récits. Le titre, How About Never, résume à lui seul cette tension entre désillusion et persistance qui habite son travail. Plus qu’un simple recueil photographique, ce livre constitue une méditation sensible sur le hasard, le temps qui passe et la beauté fragile des choses vouées à disparaître. Avec cet ouvrage dense et profondément personnel, Jerry Hsu confirme sa place parmi les photographes américains les plus originaux de sa génération. Le livre de 176 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des édtions britanniques MACK.

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GRAHAM MARSH – THE IVY LOOK A TO Z

À l’heure où la mode masculine puise largement dans son héritage, The Ivy Look A to Z de Graham Marsh, publié par les éditions britanniques Reel Art Press, s’impose comme un ouvrage de référence consacré à l’un des styles les plus influents du XXe siècle. Spécialiste reconnu de l’esthétique Ivy, Marsh propose un voyage visuel et documenté au cœur de cette élégance née sur les campus de la côte Est des États-Unis dans les années 1950 et 1960. Conçu sous la forme d’un abécédaire, le livre explore les pièces et les codes qui ont façonné cette allure devenue intemporelle : chemises Oxford, loafers, vestes sport, tissus Madras ou encore Desert Boots. Chaque entrée est enrichie d’illustrations originales et d’une iconographie particulièrement riche mêlant publicités d’époque, pochettes de disques, affiches de cinéma et photographies de figures emblématiques comme Steve McQueen, Paul Newman ou Miles Davis. Plus qu’un simple guide de style, l’ouvrage raconte l’histoire d’une culture vestimentaire qui a dépassé le cadre universitaire pour influencer durablement la mode, la musique et l’imaginaire américain. Graham Marsh montre comment le style Ivy a traversé les décennies grâce à son équilibre unique entre raffinement et simplicité. Son approche dépasse la seule question du vêtement pour mettre en lumière les liens entre apparence, identité et culture populaire. Accessible, élégant et abondamment illustré, The Ivy Look A to Z séduira aussi bien les passionnés de mode que les amateurs de culture visuelle. Un livre qui rappelle avec brio qu’un style peut devenir un véritable phénomène culturel. Le livre de 208 pages est maintenant disponible sur la boutique en igne des éditions Reel Art Press ainsi que sur Amazon.com.

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BENITA SUCHODREV – FIND ME PARADISE

Avec Find Me Paradise, publié en 2026 par les éditions allemandes Kehrer Verlag, Benita Suchodrev compose moins un album qu’une traversée de la condition humaine, entre désir, vertige et besoin de rédemption. L’ouvrage rassemble près de vingt années de photographies et fait dialoguer portraits, scènes documentaires, fragments urbains et visions presque oniriques. Ici, pas de récit linéaire ni de géographie balisée : les images, parfois séparées de plusieurs années et de centaines de kilomètres, sont recomposées pour faire naître de nouvelles correspondances. Un visage répond à un animal, un corps à un objet, une scène de nuit à une trouée de lumière ; l’ensemble produit une étrange grammaire visuelle où le réel bascule vers l’allégorie. Oiseaux inquiétants, fruits mûrs, forêts solitaires, corps vulnérables et figures nocturnes composent un monde à la fois familier et dérangeant. Suchodrev photographie ce qui échappe aux catégories rassurantes : l’intime côtoie le grotesque, l’érotisme la mélancolie, la beauté une violence sourde, tandis que chaque image semble conserver quelque chose d’inachevé. Son noir et blanc dense, ponctué de tirages en duotone, accentue cette impression de clair-obscur existentiel. Le livre avance par chocs et par échos plutôt que par démonstration, laissant au lecteur le soin de relier les fragments. Cette construction lui donne une dimension presque cinématographique : on ne regarde pas seulement des photographies, on entre dans une succession de scènes dont le sens se transforme au contact des suivantes. Parmi les motifs marquants figurent les nuits berlinoises, héritières du travail de Suchodrev sur les marges de la vie urbaine, mais aussi des images plus silencieuses et tendres qui introduisent une respiration inattendue. L’une des forces du livre réside dans cette oscillation permanente : l’ombre n’exclut jamais la lumière, et la douceur peut se teinter d’inquiétude. Le « paradis » du titre n’est donc pas un lieu découvert par la photographe, mais une aspiration, quelque chose que l’on entrevoit fugitivement sans jamais pouvoir le posséder. Find Me Paradise parle ainsi moins du bonheur que de notre désir de le chercher, même lorsque le monde nous offre surtout ses contradictions. Les photographies refusent les réponses définitives et privilégient le doute, le trouble et les zones d’ombre. À l’heure où les images sont consommées dans la vitesse, Suchodrev propose un livre qui demande de ralentir, de regarder les rapprochements, de revenir en arrière, de laisser une photographie contaminer la suivante. Son travail documentaire devient une matière poétique sans perdre son ancrage dans le réel. Find Me Paradise apparaît finalement comme une cartographie sensible de nos contradictions : notre désir, notre solitude, notre fascination pour la nuit, notre vulnérabilité face au temps et notre obstination à chercher, malgré tout, une éclaircie. Un livre sombre, sensuel et magnétique, qui transforme vingt années d’archives en une constellation et fait de la photographie non pas un miroir du monde, mais l’un de ses rêves les plus troubles. L’ouvrage de 400 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Kehrer Verlag.

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RICHARD PRINCE – CATALOGUE

Les éditions HIRMER publient un remarquable ouvrage consacré à Richard Prince, figure incontournable de l’art contemporain américain et pionnier de l’appropriation, à l’occasion de la grande rétrospective présentée à l’ALBERTINA de Vienne. Véritable livre de référence, cette publication retrace plus de cinquante ans de création en réunissant les séries emblématiques qui ont façonné la renommée internationale de l’artiste, des célèbres Cowboys, inspirés de l’imagerie publicitaire de Marlboro, aux Fashion, Gangs, Nurses et autres ensembles photographiques devenus des jalons de l’histoire de l’art contemporain. L’ouvrage accorde également une place importante à ses peintures, dessins, collages, installations et œuvres plus récentes, offrant ainsi une vision complète de l’évolution de sa pratique artistique. Richement illustré et accompagné d’essais critiques rédigés par plusieurs spécialistes, il met en lumière la manière dont Richard Prince a profondément renouvelé notre regard sur les images produites par la publicité, les médias de masse et la culture populaire, interrogeant sans relâche les notions d’auteur, d’originalité, de reproduction et de propriété intellectuelle. À travers une iconographie abondante et une analyse accessible autant qu’exigeante, le lecteur découvre une œuvre aussi fascinante que controversée, qui explore les mécanismes de la mémoire collective, du désir, de la célébrité et de la circulation des images dans notre société saturée de représentations. Plus qu’une simple monographie, ce beau livre révèle toute la cohérence d’un parcours artistique qui n’a cessé de repousser les frontières entre photographie, peinture et culture visuelle, tout en influençant plusieurs générations d’artistes. Fidèle aux standards éditoriaux d’HIRMER, cette publication séduit autant par la qualité de sa fabrication que par l’excellence de son impression et la richesse de son iconographie, s’imposant comme un ouvrage incontournable pour les amateurs d’art, les collectionneurs, les chercheurs et tous ceux qui souhaitent mieux comprendre l’influence durable de Richard Prince sur la scène artistique internationale et les enjeux esthétiques qui traversent la création contemporaine. Le livre de 256 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions HIRMER.

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HANS VAN DER MEER – GOALKEEPERS

Avec Goalkeepers, le photographe néerlandais Hans van der Meer poursuit une exploration entamée il y a plus de trente ans des terrains de football amateur européens, mais en resserrant cette fois son regard sur une figure aussi essentielle que discrète : le gardien de but. Loin des stades ultramodernes, des retransmissions mondiales et du spectacle du football professionnel, l’ouvrage rassemble 81 photographies réalisées entre 1995 et 2012 dans plus d’une vingtaine de pays européens. Toutes mettent en scène ces sentinelles solitaires, souvent figées dans l’attente tandis que le jeu se déroule à l’autre extrémité du terrain. Cette immobilité devient le véritable sujet du livre. Van der Meer photographie depuis un point de vue fixe et souvent surélevé, laissant le paysage occuper une place aussi importante que le match lui-même. Les cages s’ouvrent sur des montagnes, des champs, des lotissements, des usines, des immeubles ou des routes de campagne ; chaque image raconte autant un territoire qu’une partie de football. Le gardien apparaît comme un personnage presque théâtral, isolé sur une scène immense, suspendu entre concentration, ennui et rêverie. À travers cette série, le photographe transforme le football amateur en une réflexion sensible sur le temps, l’espace et la condition humaine. Son humour discret affleure dans les détails : des animaux qui paissent derrière les buts, des voitures garées au bord du terrain, des spectateurs dispersés ou des décors improbables qui contrastent avec le sérieux du jeu. Plus qu’un livre sur le sport, Goalkeepers est un portrait de l’Europe ordinaire, celle des villages, des périphéries et des paysages quotidiens où le football demeure un rituel populaire profondément enraciné. En isolant systématiquement le gardien, Van der Meer révèle la poésie de l’attente et fait de cette figure marginale le symbole d’un monde éloigné des projecteurs de la Ligue des champions. Ce nouvel ouvrage, publié par FW:Books, s’inscrit naturellement dans la continuité de ses livres devenus des références, Dutch Fields (1998) et European Fields (2006), tout en proposant une lecture plus méditative de son immense archive photographique. Goalkeepers célèbre ainsi la beauté discrète des terrains oubliés et rappelle que le football est aussi une affaire de paysages, de patience et d’humanité. Les images composent finalement un hommage émouvant à tous ces lieux où des amateurs continuent, chaque week-end, à vivre leur passion loin des projecteurs, dans un décor où le gardien demeure, inlassablement, le dernier veilleur du paysage européen. Le livre de 168 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions FW:Books.

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MICHAEL JANG – JANG

Michael Jang poursuit dans JANG une exploration aussi malicieuse que politique de l’espace urbain, en transformant les rues de San Francisco en terrain d’intervention artistique. Ce nouvel ouvrage publié par MW Editions rassemble plus d’une centaine de photographies documentant les installations éphémères que le photographe a réalisées à partir de 2021, au moment où la pandémie de Covid-19 et la montée des actes racistes visant les communautés asiatiques bouleversaient la ville. Réinvestissant des images de sa célèbre série The Jangs (1973), il les colle clandestinement sur les vitrines condamnées de Chinatown, les accompagne d’affiches graphiques inspirées des emballages alimentaires asiatiques et invente le personnage de « Chef Jang », figure ironique qui brouille les frontières entre autoportrait, fiction et commentaire social. Le livre montre comment ces interventions dialoguent avec l’architecture, les passants et les traces du quotidien, faisant de la photographie non plus seulement un document mais un véritable acte de présence dans l’espace public. Fidèle à son humour pince-sans-rire, Jang détourne les codes de la publicité, du street art et de la signalétique commerciale pour interroger les notions d’identité, d’appartenance et de visibilité. L’ouvrage révèle également une nouvelle facette d’un artiste longtemps resté confidentiel malgré une carrière de plus d’un demi-siècle, aujourd’hui reconnu pour son regard singulier sur la culture populaire américaine et les marges urbaines. Plus qu’un simple catalogue d’images, JANG fonctionne comme le récit d’une occupation poétique de la ville, où chaque collage devient un geste de mémoire, de résistance et d’autodérision. Les photographies conservent la spontanéité qui caractérise l’ensemble de l’œuvre de Michael Jang tout en soulignant le caractère fragile et temporaire de ces installations appelées à disparaître. En réunissant documentation photographique, graphisme et performance urbaine, ce livre témoigne de la capacité de l’artiste à renouveler son langage tout en restant fidèle à son goût pour les récits décalés et les situations ambiguës. À la fois chronique d’une période marquée par les tensions sociales et réflexion sur la place des images dans la ville contemporaine, JANG confirme Michael Jang comme l’un des observateurs les plus inventifs de la scène photographique américaine actuelle, capable de transformer des gestes modestes en propositions artistiques profondément humaines et visuellement percutantes. Le livre de 176 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions MW Editions.

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KRISTINA ROZHKOVA – UNBEWITCHED

Avec Unbewitched, la photographe russe Kristina Rozhkova signe un ouvrage aussi troublant qu’envoûtant, où la photographie devient un territoire de résistance intime face aux fractures du réel. Publié en 2026 par les éditions japonaises United Vagabonds, ce livre de 104 pages rassemble plusieurs années d’images réalisées en Russie puis dans le contexte de l’exil de l’artiste. À travers des portraits de proches, d’amis, de couples et de jeunes figures queer, Rozhkova compose un récit visuel où le conte de fées se fissure sous le poids de l’histoire contemporaine. Le titre, Unbewitched — littéralement « désenchanté » — évoque ce moment où le sortilège se rompt, où les illusions cèdent la place à une réalité plus rugueuse. Les photographies oscillent entre rêve et désillusion, beauté et grotesque, tendresse et inquiétude. Corps couverts de boue, regards absents, mises en scène étranges et paysages presque mythologiques construisent un univers à la fois poétique et dérangeant. L’artiste revendique cette esthétique du malaise comme une manière de questionner notre rapport au confort, à la normalité et aux récits collectifs. Derrière la fantaisie visuelle se dessine le portrait d’une génération confrontée à la guerre, à la répression politique et à l’exil. Les protagonistes photographiés deviennent les acteurs d’un théâtre fragile où chacun tente de réinventer sa place dans un monde en crise. Le livre explore également la notion de refuge, notamment à travers les espaces ruraux et les datchas russes, transformés en laboratoires d’imaginaire. L’intimité qui lie Rozhkova à ses sujets confère aux images une rare intensité émotionnelle. Chaque photographie semble suspendue entre confession personnelle et allégorie universelle. Loin du documentaire classique, Unbewitched privilégie l’ambiguïté, laissant au spectateur la liberté d’interpréter les symboles qui traversent l’ouvrage. Les animaux, les gestes insolites et les métamorphoses corporelles participent à cette narration où le réel n’est jamais totalement stable. L’ensemble compose une méditation visuelle sur la perte de l’innocence, la fin des illusions et la nécessité de continuer à inventer des mythes pour survivre. À la fois journal de bord d’une époque tourmentée et manifeste esthétique, ce premier grand livre international de Kristina Rozhkova confirme l’émergence d’une voix singulière dans la photographie contemporaine. Entre réalisme social, dark fantasy et poésie de l’étrange, Unbewitched s’impose comme une œuvre marquante, capable de transformer la désillusion en puissance d’imagination.

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