PAUL GRAHAM – BUT STILL, IT TURNS

À l’occasion de l’exposition But Still, It Turns à l’International Center of Photography (ICP) de New-York, les éditions britanniques Mack publient un très beau catalogue. À cette occasion, le photographe Paul Graham assure la direction d’une étude subtile et d’un manifeste revitalisant pour la photographie. L’oeuvre dynamique et variée rassemblée pour ce projet prône un dévouement décomplexé, mais non sans complexité, à l’enchevêtrement brillant de la réalité. Sans céder ni aux artifices du studio, ni aux exigences restrictives du documentaire conventionnel, ces artistes racontent des histoires ouvertes qui se déplacent, se déforment et se ramifient, en phase avec la vie telle qu’elle est. On retrouve ainsi dans l’ouvrage le rêve éveillé californien ZZYZX de Gregory Halpern (voir ici), l’exercice itinérant d’empathie de Vanessa Winship dans She Dances on Jackson, les rassemblements de personnes de Lost Coast de Curran Hatleberg, l’intense et multiforme One Wall a Web de Stanley Wolukau-Wanambwa, l’Amérique teintée de mortalité de What Remains de Richard Choi, l’œuvre documentaire visionnaire South County de RaMell Ross, le projet collaboratif Index G d’Emanuele Bruti et Piergiorgio Casotti, et enfin l’exploration désorientante du paysage américain et de la masculinité de Kristine Potter dans Manifest. Toutes ces œuvres sont ainsi réunies dans une harmonie et une dissonance éclairante, permettant à Graham d’explorer une nouvelle forme photographique. À travers cette sélection d’images, le prisme du temps s’illumine et se précise. On y distingue leurs différentes composantes et la façon dont elles s’assemblent. Elles nous entraînent sur des chemins inattendus, nous font découvrir d’autres vies que nous pourrions mener si la vie prenait une autre tournure ; elles favorisent l’empathie. Elles nous permettent enfin de reconnaître que la vie n’est pas une histoire qui s’écoule vers une fin forcément heureuse : elle se déforme et se ramifie, s’enroule en spirale et se tortille, apparaissant et disparaissant de notre conscience. Le livre de 268 pages, comprenant des essais de Paul Graham, Rebecca Bengal et Ian Penman, est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Mack.