Figure singulière du design du XXe siècle, l’architecte et designer américain Alexander Girard (1907-1993) s’est distingué par un modernisme chaleureux, nourri de couleurs vives, de motifs graphiques et d’une fascination profonde pour les cultures populaires du monde. Longtemps associé à l’éditeur de mobilier Herman Miller, pour lequel il conçoit dans les années 1950 et 1960 de nombreux textiles, objets et environnements intérieurs, Girard a développé une œuvre à la croisée du design, de l’architecture et de la scénographie, marquée par une attention constante aux traditions vernaculaires. C’est précisément cette dimension qui se trouve au cœur du livre Alexander Girard’s Imagined Worlds, publié il y a quelques jours par Hirmer Publishers. Richement illustré, l’ouvrage propose une immersion dans l’univers intellectuel et visuel du designer à travers l’exploration de sa célèbre collection d’arts populaires, réunie au fil de ses voyages et aujourd’hui conservée en grande partie au Museum of International Folk Art de Santa Fe. Plutôt qu’une simple monographie, le livre examine la manière dont ces milliers d’objets – textiles, figurines, objets rituels ou artefacts du quotidien provenant d’Europe, d’Amérique latine, d’Asie ou du Moyen-Orient – ont nourri la pratique créative de Girard. À travers essais critiques, archives et photographies inédites, Imagined Worlds met en lumière le dialogue constant qu’il établissait entre modernisme et traditions populaires. Le volume revient notamment sur l’installation permanente Multiple Visions: A Common Bond, conçue par Girard à Santa Fe pour présenter sa collection comme un vaste récit visuel. Loin d’un accrochage muséal classique, cette scénographie dense et colorée rassemble des milliers d’objets dans une composition presque textile, révélant la manière dont Girard percevait ces artefacts : non pas comme de simples curiosités ethnographiques, mais comme les témoins d’une créativité universelle. En retraçant cette aventure intellectuelle et esthétique, Imagined Worlds montre combien la collection était pour lui un véritable laboratoire d’idées. Les motifs, les couleurs et les formes issus des cultures populaires irriguent ainsi ses textiles, ses graphismes et ses intérieurs, contribuant à forger un modernisme plus humain et narratif. À la fois ouvrage de référence et livre d’images, le volume invite finalement à redécouvrir Girard sous un angle élargi : celui d’un designer-collectionneur pour qui le design était avant tout un langage culturel, capable de relier les traditions du monde à la création contemporaine. Le livre de 432 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Hirmer Publishers.