Category Archives: Art

JIM JOCOY – ORDER OF APPEARANCE

jim jocoy

Entre 1977 et 1980, le jeune photographe américain Jim Jocoy a créé un grand nombre d’images spontanées illustrant l’explosion du mouvement Punk à San Francisco. Ses photos ont été cachées depuis des décennies jusqu’à ce que Thurston Moore (Sonic Youth) dévoile son travail au public à travers la publication de We’re Desperate (PowerHouse Books, 2002), une célébration du mode de vie de l’époque. Quinze ans plus tard, Jocoy a sélectionné 44 photographies inédites choisies parmi sa série originale et finalement publiées dans le livre Order of Appearance par les éditions TBW Books. Dans cette œuvre, le photographe parvient à humaniser les jeunes dont il dresse le portrait au fur et à mesure de leur vie quotidienne, en partageant des moments tendre d’amour et de débauche qui s’inscrivent dans la fin des années 70 et dans début des années 80, alors que le Summer of Love touche lentement à sa fin et cède sa place au désenchantement de la scène Punk mondiale. À l’aube de l’épidémie du sida qui touchera quelques années plus tard la majorité des communautés underground du pays, les clichés bouleversants de Jim Jocoy dévoilent une certaine intimité et une esthétique brute qui n’est pas sans rappeler le travail de la photographe Nan Goldin et l’énergie des photos de Katsumi Watanabe et Karlheinz Weinberger. Pour Thurston Moore, « le photographe trouve la beauté dans le sauvage et la spontanéité. Sa photographie est toujours au service de la magie de l’iconoclaste déviant. » Limité à 1000 exemplaires, ce très bel ouvrage de 84 pages est maintenant disponible en exclusivité sur la boutique en ligne des éditions TBW Books.

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KATHERINE BERNHARDT – KATHERINE BERNHARDT

katherine bernhardt

Dans ses essaims jubilatoires et écœurants de burgers, tacos, cigarettes, pastèques, frites, ordinateurs ou rouleaux de papier-toilette, Katherine Bernhardt tartine la surface de ses toiles, comme on remplit un caddie. En raison de la myriade d’objets présents dans ses toiles, son travail est parfois interprété comme une critique ironique du consumérisme. Pourtant, ce n’est pas une préoccupation consciente de l’artiste, qui est essentiellement motivée par une fascination pour son environnement du quotidien et par le fait de lui donner une expression nouvelle à travers la couleur et la composition. À l’occasion de sa récente exposition à la galerie new-yorkaise CANADA, cette dernière publie aujourd’hui le premier ouvrage de l’artiste, offrant un aperçu complet de ses œuvres les plus récentes. Cette très belle monographie recueille plus d’une centaine de ses toiles aux couleurs vives, toutes conçues entre 2013 et 2016. Internationalement reconnue pour ses peintures de top modèles conçues à partir de coupures déchirées de magazines de mode et, plus récemment, pour ses motifs de tapis marocains, Katherine Bernhardt décide en 2013 d’abandonner ces deux formes d’expression artistique pour se consacrer à peindre en laissant libre cours à son imagination, exploitant son propre réservoir fertile d’expériences, d’images et de sensations. Dès lors, Bernhardt réalise des toiles qui mélangent un assortiment d’objets reflétant ses expériences quotidiennes, de sa vie à New York à son amour de Porto Rico, ses racines de Saint Louis et sa vie familiale. Les objets sont peints avec une verve et une ténacité incroyables, véritable programme pictural en forme de liste de course sur fonds colorés: tranches de pastèque, boom boxes, ordinateurs, tranches de pizza, cassettes, hamburgers, ballons de basket, vieux téléphones portables, avions, fruits, requins, bouteilles d’eau, tortues marines, cigarettes, sharpies et claviers. Katherine Bernhardt ramène la peinture à sa veine idiote, chérie par le Magritte de la période vache ou par Philip Guston. Le livre de 176 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne de la galerie CANADA, ainsi que sur Amazon.com.

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MAGNUM PHOTOS SQUARE PRINT SALE 2017 – CLOSER

square print sale 2017

“Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près” disait Robert Capa, co-fondateur de Magnum. Le magazine The Picture Post du 3 décembre 1938, le décrivait comme « le plus grand photographe de guerre du monde », alors qu’il n’avait que 25 ans. Sa maxime est devenue aussi célèbre que son travail, qui continue d’influencer des générations de photographes. Dans le cadre de la Square Print Sale 2017, Magnum Photos revisite la phrase de Capa et se penche sur ce que signifie «être proche». Ce projet s’inscrit dans un cycle de quatre Square Print Sales qui coïncident avec les 70 ans de l’agence, et qui explorent l’héritage des quatre co-fondateurs de Magnum, Henri Cartier-Bresson, Robert Capa, David ‘Chim’ Seymour et George Rodger, ainsi que l’influence que leur travail continue encore d’exercer sur la photographie d’aujourd’hui. Au travers d’images accompagnées de textes, les photographes de Magnum explorent les re-définitions du thème Closer, « au plus près ». Leurs pratiques sont classiques ou contemporaines, et leurs images dévoilent des moments décisifs de l’Histoire comme l’homme face aux tanks de Tiananmen Square de Stuart Franklin (1989), la série Jour-J de Robert Capa (1944), le reportage sur la révolution iranienne d’Abbas (1979), ainsi que des photos de maîtres du photo journalisme contemporain comme Matt Black, Paolo Pellegrin, Diana Markosian et Lorenzo Meloni. Martin Parr re-définit ce que signifie pour lui d’être au plus près de son sujet, utilisant son objectif pour s’en rapprocher, alors que d’autres photographes identifient la proximité comme une forme d’intimité et proposent des travaux très personnels, comme Larry Towell, Antoine d’Agata, Alessandra Sanguinetti ou encore Christopher Anderson pour mettre leurs sujets en exergue. Le lien entre proximité et photographie de rue est aussi exploré avec une image de la série Subway de Bruce Davidson, ou encore, une image iconique d’Alex Webb issue de son travail sur le Mexique. David Hurn, quant à lui, se souvient de s’être rapproché des Beatles sur le tournage de A Hard Day Night. Plus de 70 images accompagnées de textes personnels sont maintenant disponibles en ligne au prix unitaire de 100$ par tirage dédicacé (format 15,2cm x 15,2cm), et ce jusqu’au vendredi 9 juin 18h EST.

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MARK GONZALES – FOWER PLOWER – LOS ANGELES

fower plower

La galerie HVW8 (Los Angeles) accueille depuis le 19 mai dernier la nouvelle exposition personnelle de Mark Gonzales, Fower Plower. L’artiste new-yorkais y présente une série de nouvelles toiles colorées où l’on retrouve notamment son personnage emblématique Shmoo. Inspirées par le travail de Paul Klee et Donald Baechler, ses nouvelles œuvres sont à la fois lumineuses, amusantes et pleines de vie. Jusqu’au 20 juin 2017.

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ARBUS FRIEDLANDER WINOGRAND – NEW DOCUMENTS, 1967

new documents

“Lors de la dernière décennie, une nouvelle génération de photographes a dirigé l’approche documentaire vers des fins plus personnelles. Leur but n’a pas été de réformer la vie mais plutôt de la connaître. Leur travail trahit une sympathie – quasiment une affection – envers les imperfections et les fragilités de la société”. Voici comment John Szarkowski, alors conservateur du département de photographie du MoMA, décrit le travail de Diane Arbus, Lee Friedlander et Garry Winogrand à l’occasion de l’exposition New Documents en 1967. Chacun des trois photographes y aborde la réalité de façon frontale, sans chercher à la transfigurer. Dépassant le débat entre art et document, Szarkowski fait entrer définitivement le style documentaire au musée. À l’époque, la réception est tiède. Et pourtant, leur travail se révélera décisif pour plusieurs générations de photographes. Jusqu’à présent, il n’existait aucun catalogue de cette exposition culte. Publié par le MoMA a l’occasion du 50ème anniversaire de l’exposition, New Documents, 1967 présente des reproductions en pleine page des 94 photographies de l’exposition, ainsi que le texte original du panneau d’introduction à l’exposition rédigé par Szarkowski, le communiqué de presse, les vues d’installation et de nombreux documents d’archives. Les essais de la conservatrice Sarah Hermanson Meister et du critique Max Kozloff, qui a d’abord passé en revue l’exposition pour l’hebdomadaire américain The Nation en 1967, permettent de situer de manière critique l’exposition et son accueil et examinent son influence durable sur le domaine de la photographie. L’ouvrage de 168 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne du MoMA, ainsi que sur Amazon.com.

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MIKE KELLEY – MEMORY WARE – A SURVEY

mike kelley

À l’occasion de l’exposition Framed and Frame à la galerie londonienne Hauser & Wirth il y a quelques mois, un catalogue inédit présentant toutes les œuvres de la série Memory Ware de Mike Kelley (1954-2012) a été publié. Cette série s’inspire de traditions d’art populaire dans les communautés noires du sud des États-Unis et de l’époque victorienne au Royaume-Uni, et se compose de pièces conçues à partir d’un bric à brac de bibelots récoltés dans les puces de toute l’Amérique. L’artiste plasticien américain s’est servi de bijoux, de montres, de coquillages, de perles et de boutons de peu de valeur pour fabriquer ses célèbres œuvres Memory Ware. En Amérique du Nord, un memory ware est une pièce de vaisselle sur lequel sont collés toute une bimbeloterie ou des tessons de céramique en souvenir d’une personne disparue. L’artiste californien est préoccupé par ces questions liées à la mémoire individuelle. Fasciné par ces objets dont personne ne semble vouloir, il explique en 2000: « Je n’aime pas du tout Internet, qui n’existe que dans un espace virtuel. Alors que les objets vous attirent dans le monde physique, ils vous font prendre conscience de votre dimension matérielle. Leur sensualité vous fait dépendre d’eux. Ils sont addictifs. » Par le recours à des matériaux nobles comme à des objets de récupération et grâce à un langage plastique qui lui est propre, Mike Kelley réussit avec humour à briser la hiérarchie qui sépare la culture populaire de la culture de “l’élite“ afin de mettre à bas le mythe d’une “haute“ culture réservée à quelques personnes capable de l’apprécier. Un essai de Ralph Rugoff, directeur de la Hayward Gallery de Londres, examine la place de la mémoire personnelle et collective dans l’œuvre de l’artiste, ainsi que la lecture de la série Memory Ware dans sa totalité, tant du point de vue visuel que du point de vue de l’histoire de l’art. L’essai original de Kelley sur le projet est réimprimé dans son intégralité et offre un aperçu sans ambiguïté de sa réflexion et de sa méthodologie. L’ouvrage de 252 pages offre ainsi la possibilité d’apprécier la série de l’artiste dans son ensemble. Il est maintenant disponible sur le site de la galerie Hauser & Wirth et sur Amazon.com.

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MAGNUM – LES LIVRES DE PHOTOGRAPHIES – LE CATALOGUE RAISONNÉ

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Les éditions Phaidon viennent de publier Magnum, les livres de photographies: Le catalogue raisonné, la première bibliographie illustrée de plus de 1000 livres de photographies, emblématiques de l’histoire de la célèbre agence, qui fête son 70e anniversaire cette année. Cet ouvrage retrace ainsi l’histoire de l’agence sous l’angle du livre de photographies, outil essentiel aux photographes pour faire connaître leur travail. L’introduction de Fred Ritchin et les textes de Carole Naggar analysent l’évolution du livre de photographies et le rôle majeur joué par Magnum dans l’histoire de la photographie documentaire. L’ouvrage de 272 pages rend hommage au travail des fondateurs de Magnum, Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, David Seymour et George Rodger, et de ses membres comme Eve Arnold, Philip Jones Griffiths, Joseph Koudelka, Steve McCurry ou Martin Parr. La première partie du livre s’intitule Les livres de photographies en détail 1938-2016 et présente une centaine d’ouvrages incontournables, bénéficiant chacun d’une présentation détaillée. La deuxième partie, Les archives: créer les livres de photographies, dévoile quant à elle des archives inédites, des photos sur les coulisses, sur la fabrication de leurs livres et des documents jamais publiés: croquis, maquettes, lettres, etc. Enfin, le dernier chapitre présente près de 1000 ouvrages publiés par les photographes, impressionnante bibliographie exhaustive de l’agence. Particulièrement réussi, ce très bel ouvrage permet de cerner l’importance et la popularisation du livre de photographie, qui permet aux artistes d’offrir une expression individuelle et un récit plus subjectif qu’à travers les médias traditionnels. Magnum, les livres de photographies: Le catalogue raisonné est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Phaidon, ainsi que sur Amazon.fr.

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MAX EICKE – DOMINAS

max eicke

Max Eicke est un jeune photographe d’origine allemande de 26 ans. Il vit et travaille aujourd’hui entre Londres et Berlin. Pour son nouveau projet intitulé Dominas, Eicke a réalisé des portraits de dominatrices professionnelles dans les communautés BDSM allemandes. Approchant ce monde caché d’une manière plus documentaire, plus humaine et loin des idées reçues, l’artiste a opté pour ce mode de prise de vue afin d’explorer la fonction du média en tant qu’instrument de puissance. Composée de trois parties homogènes, cette œuvre photographique rassemble des portraits en grand format de 24 femmes exerçant une activité professionnelle dans l’industrie du sadomasochisme. Gagnant leur confiance durant trois années, Max Eicke s’est entretenu avec les personnes qu’il a photographié afin d’en savoir davantage sur leurs parcours, leurs motivations, leurs attentes… Le photographe juxtapose ainsi ses photographies avec des extraits de conversations et des images trouvées sur Internet, questionnant de cette façon les mécanismes de perception à l’ère du numérique, et étudie la façon dont notre société traite les images stéréotypées. Ouvert à toute sorte d’interprétations, Dominas peut être lu comme un collage multidimensionnel, comme une étude visuelle sur l’esthétique sadomasochiste, et enfin comme une réflexion sur la triangulation entre les structures de pouvoir, la critique sociale et le questionnement des valeurs existantes et des hiérarchies. Publié par Kehrer Verlag, le livre de 96 pages est un objet particulièrement original et réussi avec sa couverture souple en PVC. L’ouvrage est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions allemandes, ainsi que sur Amazon.com.

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RAYMOND PETTIBON – A PEN OF ALL WORK

raymond pettibon

À l’occasion de la grande rétrospective de l’artiste new-yorkais Raymond Pettibon au New Museum de New York (voir ici) et au Bonnefantenmuseum de Maastricht (Pays-Bas), les éditions Phaidon publient un superbe ouvrage de 408 pages intitulé A Pen of All Work. Éditée par Massimiliano Gioni et Gary Carrion-Murayari, cette monographie est de loin la plus riche et la plus complète à ce jour sur cet artiste provocateur. On y retrouve notamment des contributions de personnalités artistiques et culturelles, une interview récente avec Raymond Pettibon et plus de six cent cinquante images dont plus de deux cents œuvres jamais publiées à ce jour: dessins à l’encre, peintures, fresques murales, bandes dessinées, croquis, etc. Philosophiquement profond, profondément littéraire et mordant dans sa satire, l’artiste est avant tout le dessinateur de sa génération, et l’un des artistes contemporains les plus importants d’Amérique. En abordant des sujets importants et futiles avec autant de goût et d’aisance, Pettibon sonde les profondeurs de la sexualité américaine, la politique, les sous-cultures, les mœurs et l’histoire intellectuelle à travers des thèmes allant de Shakespeare à Gumby, des surfeurs à la Bible, du baseball au romantisme allemand. Passant en revue l’ensemble de sa carrière artistique, de ses dessins d’enfance à ses travaux plus récents, ce livre explore comment Pettibon a joué un rôle essentiel dans la redéfinition de l’art contemporain et offre un aperçu de l’esprit de l’un des artistes américains les plus influents et visionnaires de notre époque. A Pen of All Work est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Phaidon, ainsi que sur Amazon.com.

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ED VAN DER ELSKEN – CAMERA IN LOVE

ed van der alsken

À l’occasion de la grande rétrospective consacrée au photographe néerlandais Ed van der Elsken au Stedelijk Museum d’Amsterdam (du 4 février au 21 mai 2017), les éditions britanniques Prestel publient un magnifique catalogue de l’exposition: Camera in Love. Reconnu internationalement pour sa photographie de rue, Ed van der Elsken est une figure unique de la photographie et du cinéma documentaire néerlandais du XXe siècle. Il a parcouru les grandes villes, de Paris à Tokyo en passant par Hong Kong pour capturer la beauté des scènes de la vie quotidienne. Résolument optimiste, l’artiste s’est illustré pour sa joie et son goût pour l’excentrique, immortalisant l’insouciance de la jeunesse post-guerre ou le réconfort d’un simple sourire. En rupture avec la photographie documentaire de son époque, Ed van der Elsken fait corps avec son sujet et son indéniable implication personnelle affleure dans chacune de ses images. La modernité de ses images et leur caractère quasi cinématographique s’accordent avec le modèle de vie anticonformiste des jeunes gens dont il partage le quotidien. Il est avant tout un photographe de rue. À Paris, Amsterdam ou Tokyo, le photographe est à l’affût de celles et ceux qu’il appelle « les siens » : des hommes et des femmes, vieux ou jeunes, figures de la bohème à qui il reconnait une certaine authenticité et qu’il considère comme porteurs d’une forme de dignité équivalente, à ses yeux, à la beauté. Il a le talent d’entrer en contact avec les gens et de les convaincre de faire face à son appareil. Ed van der Elsken sait être photographe de l’intime en s’attachant au langage des corps. Il se préoccupe de l’humanité qui parcourt la rue. L’ouvrage présente plus de 200 clichés qui retracent son parcours depuis la fin des années 1950, ses voyages dans le monde entier, la rue, les milieux underground. Son style expressionniste très personnel a ouvert la voie à des photographes comme Larry Clark, Nan Goldin, Wolfgang Tillmans. Le livre de 288 pages, avec des essais de David Campany, Hripsimé Visser et Nan Goldin, est maintenant disponible sur Amazon.com.

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KAZUO SHIRAGA MONOGRAPH

Kazuo Shiraga

L’artiste japonais Kazuo Shiraga (1924 – 2008) étudie la calligraphie aux Beaux-Arts de Kyoto avant de devenir l’un des principaux artistes du mouvement Gutaï (mouvement d’avant-garde japonais créé en 1955 par Yoshihara), stimulé par l’atmosphère de forte volonté expérimentale qui y règne. Shiraga développe une philosophie reposant entièrement sur « l’art de l’acte » et sur la recherche perpétuelle d’une abstraction pure où le matériau pictural, devenu le reflet vivant de la personnalité de l’artiste, s’anime petit à petit. L’artiste peint avec ses pieds, debout, pendu à une corde, simple instrument au service d’une volonté supérieure quasi métaphysique. L’acte de peindre devient alors combat, c’est un face à face absolu avec la toile qui prend vie sous l’influence d’une étrange chorégraphie où le peintre, à la fois maître de ballet et maître d’arme, rentre physiquement dans le tableau et fait fusionner le corps et l’âme, l’esprit et la matière. La Toile comme champ d’action (de bataille) de l’artiste. La toile devenue tatami est battue à mort par le corps de Shiraga, gigantesque pinceau humain ; elle disparaît pour donner naissance à une œuvre totale, à la fois possédée et possédante, matérielle et immatérielle. « L’art doit partir du zéro absolu et se développer selon sa propre créativité. » Ces œuvres sont vivantes, sinueuses, et même vertigineuses tant elles tourbillonnent, marquées par de profond sillons qui semblent autant de trajets et d’aller-retour vers un lieu spirituel que Shiraga explore sans relâche. En peignant avec ses pieds, il privilégie l’imperfection et le contact direct et brutalement charnel avec la toile. Loin d’être le fruit du hasard, chaque tableau résulte d’un intense travail de réflexion et de méditation, à l’origine d’une conception inédite de la peinture qui influencera de manière flagrante l’art occidental et notamment l’Arte Povera, le Body art, le Land art, le Happening, etc. Publié par la galerie belge Axel Vervoordt, ce nouvel ouvrage présente l’œuvre de l’artiste en examinant les influences de l’action painting occidentale et les rituels antiques bouddhistes du Japon. De nombreuses peintures et photographies sont publiées pour la première fois, notamment un fac-similé d’un magnifique carnet de notes et de photos de l’artiste, qui offre un aperçu de son processus créatif et de ses performances publiques. La monographie comprend également des essais originaux de spécialistes du mouvement Gutaï tels que Koichi Kawasaki, John Rajchman, Ming Tiampo, et Reiko Tomii, qui partagent leurs réflexions sur l’œuvre de Kazuo Shiraga. Le livre de 296 pages est maintenant disponible à la galerie Axel Vervoordt, ainsi que sur Amazon.com.

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