STEPHEN SHORE – SURVIVANTS EN UKRAINE

Dans son nouveau livre, Survivants en Ukraine, Stephen Shore dévoile une facette plus intime de son histoire. En effet, le grand-père paternel du photographe a quitté l’Ukraine pour les États-Unis à la fin du XIXe siècle. Bien que Stephen Shore ait toujours connu ses origines, c’est son épouse, Ginger, qui lui a suggéré de s’intéresser à l’histoire des survivants juifs de la Shoah vivant encore en Ukraine. « Elle a compris que mon travail devait entrer dans une sphère plus personnelle », explique le grand photographe dans ce livre. Et Ginger Shore a fait preuve d’une grande perspicacité : on retrouve dans cette nouvelle série de photographies tout l’art de la composition et l’exubérance des premières œuvres de Shore, auxquels s’ajoutent un sens de la narration et une délicatesse remarquables. Survivants en Ukraine est l’œuvre parfaitement maîtrisée d’un artiste parvenu au sommet de son art. Le sujet du livre a une résonance actuelle. 2015 est l’année du 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais c’est aussi une année marquée par des affrontements incessants dans l’est de l’Ukraine. Le livre de Shore témoigne de l’histoire du XXe siècle mais avec un sens aigu du temps présent. Dans les photographies de Stephen Shore se côtoient des médailles militaires et des graffitis anti-Union européenne ; d’anciens textes talmudiques et des gamins avec leurs écouteurs sur les oreilles ; des jeunes se baignant dans une rivière et les médicaments d’une personne âgée ; ou encore des dessus de tables élimés, couverts de légumes du potager. Dans l’introduction du livre, Jane Kramer, correspondante européenne du New Yorker, parle de la vie des survivants que Shore a photographiés, avec la rigueur d’un texte d’histoire et la vigueur narrative d’un roman du XIXe siècle. Shore a photographié 22 personnes, mais Jane Kramer s’est intéressée à l’une d’entre elles, Anna Gribun-Perlova, décédée à l’âge de 95 ans, peu avant la parution de ce livre. « Si j’ai choisi de raconter l’histoire d’Anna, ce n’est pas parce qu’elle était différente, mais parce que ses propos étaient si réfléchis et, souvent, d’une clarté si douloureuse que, d’une certaine manière, elle s’exprimait pour tous. », écrit-elle. Survivants en Ukraine, septième livre de Stephen Shore publié par Phaidon, affiche une ambition artistique comparable à celle des précédents ouvrages. Comme dans le portrait intimiste d’Israël et de la Cisjordanie qu’il a réalisé en 2014, From Galilee to the Negev, les photographies de Shore captent le poids de l’Histoire dans les vies quotidiennes. Comme dans Surfaces américaines, on trouve des compositions de paysages rappelant les tableaux de Claude Lorrain, même si, évidemment, les ruines romaines et les voiliers font place, dans les photographies de Shore, à des étals de bord de route, à des lotissements et à des carrefours. On retrouve les décorations et les tchotchkes (bibelots) déjà vus dans son ouvrage de référence sur demande, The Book of Books, mais ils ont ici quelque chose de poignant. Cette beauté concrète s’exprime dans le livre lui-même. Avec un dos dépliable et un portrait du survivant et héros de guerre Tzal Nusymovych encollé sur la première de couverture, ce livre est d’une sobriété correspondant parfaitement au sujet et aux œuvres remarquables de ce photographe exceptionnel. L’ouvrage de 136 pages est dès maintenant disponible sur le site de Phaidon ainsi que sur Amazon.fr et Amazon.com.