Category Archives: Art

ROGER BALLEN – THE THEATRE OF APPARITIONS

roger ballen

Roger Ballen est surtout connu pour ses images psychologiquement puissantes et superposées à la frontière entre la peinture, le dessin, l’installation et la photographie. The Theatre of Apparitions, nouvel monographie de l’artiste sud-africain d’origine américaine publié par Thames & Hudson, est à la fois un éloignement de son œuvre existante et le point culminant de son esthétique unique reliant l’image et la représentation théâtrale. Séparées en sept chapitres ou «actes», chacun introduit par un texte écrit par le photographe, ces images «Ballenesque» amènent le lecteur à faire un profond voyage dans le subconscient. Photographe obscure et troublant, Roger Ballen s’inspire de l’ambiance noire des prisons pour femmes abandonnées, où le spectre des personnes emprisonnées réside toujours. Il s’inspire plus précisément des fenêtres sales et noircies pour réaliser des personnages fantomatiques et tourmentés, en grattant du verre peint en noir. Les images ainsi créées ressemblent à des peintures rupestres préhistoriques: les espaces noirs et sans dimension sur le verre sont des toiles sur lesquelles Ballen sculpte ses pensées et ses émotions. Des formes faciales ressemblant à des fossiles et des parties de corps démembrés coexistent inconfortablement avec des ombres vaporeuses et fantomatiques. Ces images ont la capacité de choquer, d’inspirer, d’amuser et même d’émerveiller le spectateur. Intemporelle et novatrice, terrestre et d’autre monde, physique et spirituelle, cette nouvelle œuvre de Roger Ballen transcende tous les concepts traditionnels de la photographie. L’ouvrage de 192 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions britanniques Thames & Hudson, ainsi que sur Amazon.com.

Continue reading

MARK COHEN – MEXICO

Mark Cohen

Mark Cohen est le photographe de rue par excellence. Né en Pennsylvanie en 1943, ce dernier utilise depuis les années 60 une approche agressive dans laquelle il se rapproche au plus près des passants, appareil photo dans la main, flash dans l’autre, et prend son cliché avant qu’ils ne soient conscients d’être photographié. Ses images, d’apparence austère, sont prises dans les rues de Wilkes-Barre et d’autres villes de la classe ouvrière de Pennsylvanie. Elles capturent des moments, des gestes, et des émotions qui, parce qu’ils pourraient être invisibles aux sensibilités des autres, témoignent de la perception innée supérieure de Cohen, son don visuel à la fois précis, intelligent et subtil. Son œuvre a reçu une reconnaissance précoce, avec une exposition personnelle au Musée d’Art Moderne de la ville de New York dès 1973, alors qu’il n’avait que trente ans. Les critiques à son égard n’ont depuis cessé d’être élogieuses. Aujourd’hui, le travail de Cohen est exposé dans plus de trente collections internationales de premier plan, allant du Metropolitan Museum à New York au Metropolitan Museum of Photography de Tokyo. Entre 1981 et 2003, Mark Cohen effectue plusieurs voyages au Mexique. Séduit par cet endroit qu’il qualifie de « surréaliste », il promène son appareil photo, sans aucune intention anthropologique ou sociale, dans les rues de Mexico, Merida et Oaxaca. En l’espace de quelques fractions de seconde, Mark Cohen s’approche très près de ses sujets et les prend au vol parfois éblouis par la lumière artificielle du flash. Ses clichés, en noir et blanc, pris à bout de bras, la plupart du temps sans viser, prélèvent des fragments de gestes, de postures ou de corps. Il se dégage de ces images une énergie nerveuse et une étrangeté du quotidien. Publié par les Éditions Xavier Barral en collaboration avec University of Texas Press et avec le soutien du fonds de dotation Agnès b., l’ouvrage de 216 pages est maintenant disponible sur les boutiques en ligne d’EXB, d’UT Press, ainsi que sur Amazon.com.

Continue reading

ANTOINE D’AGATA – ATLAS – PARIS

La galerie Les Filles du Calvaires (Paris) présente depuis le 27 octobre dernier Atlas, qui réunit les tous derniers travaux d’Antoine d’Agata. Cette nouvelle exposition personnelle du photographe français est d’abord un voyage, l’enregistrement des obsessions et des expériences sensorielles de l’artiste. De continents en continents, Antoine d’Agata documente ainsi une histoire anxiogène et trouble, celle des prostituées rencontrées et des lieux visités. Il extrait de ses nuits « ses réalités sombres » et la « satisfaction destructrice du désir ». Jusqu’au 26 novembre 2016.

Continue reading

STEFAN GRONERT – JEFF WALL – SPECIFIC PICTURES

Le photographe canadien Jeff Wall (né à Vancouver en 1946) est considéré comme l’un des artistes les plus influents de notre époque. Son œuvre se concentre essentiellement sur la création de fascinants tableaux photographiques grand format, représentant des scènes de la vie quotidienne énigmatiques, montées de toute pièce par le photographe et qui, au premier abord, semblent généralement candides. Cette « forme-tableau », à la fois cinématographique et presque documentaire (« Near Documentary »), signe pourtant les constructions exigeantes de Wall. Très souvent proposées sous la forme de caissons lumineux qui créèrent en partie sa légende, ses compositions font aussi l’objet de tirages encadrés sous verre, et ce, depuis près de vingt ans. L’utilisation de ces caissons lumineux, qu’il emprunte à l’univers de la publicité, est l’une des grandes innovations du photographe. Ces derniers lui permettent de mettre en valeur ses diapositives couleur grand format en illuminant ses images, avec une lueur et un éclairage encore plus intense qu’un écran de cinéma. Grand connaisseur de l’histoire des arts et de la littérature, il lui a fallu, à ses débuts, prendre ses distances avec la tradition de la photographie créative, pour pouvoir se situer à nouveau comme photographe. Il a ainsi pu comprendre comment théâtre et cinéma, et pas seulement quelques grands textes littéraires, étaient constitutifs de sa recherche. À l’heure où il est probablement l’un des artistes les plus sérieux de notre époque, parmi les plus recherchés, et dont le pouvoir enchanteur n’est plus à démontrer, Jeff Wall fait preuve d’une grande liberté de création, et toutes ses œuvres continuent de fasciner les historiens et critiques d’art. Dans ce nouvel ouvrage intitulé Specific Pictures, publié par les éditions allemandes Schirmer/Mosel, Stefan Gronert, historien de l’art et conservateur pour l’art contemporain au Kunstmuseum Bonn, analyse les multiples niveaux de références à l’histoire de la peinture que Jeff Wall, lui-même historien de l’art, intègre dans son œuvre. À travers l’étude de 17 œuvres majeures de l’artiste, allant de la fin des années 70 à nos jours, Gronert retrace les stratégies complexes d’appropriation et de réinterprétation de tableaux célèbres de l’histoire de l’art par Jeff Wall, dans ses clichés à l’esthétique intemporellement contemporaine. Les essais de l’auteur sont complétés par un entretien original qu’il a mené avec le photographe pour le livre. Dans ce dernier, Jeff Wall revient longuement sur son univers imaginaire et son processus de travail «cinématographique». L’ouvrage de 128 pages est maintenant disponible sur Amazon.com.

Continue reading

PROVOKE @ LE BAL – PARIS

Première exposition consacrée à la revue japonaise culte qui a bouleversé l’histoire de la photographie, Provoke, entre contestation et performance, propose une analyse transversale de Provoke, de ses artistes, de son contexte historique et de ses liens avec l’émergence des arts performatifs au Japon dans les années 1960. Manifeste à la fois esthétique et philosophique, Provoke a opéré une rupture radicale en seulement trois numéros, publiés en 1968 et 1969. Avec Provoke, les photographes Takuma Nakahira, Yutaka Takanashi et Daido Moriyama, le critique Koji Taki et le poète Takahiko Okada, imposent un nouveau langage visuel, « rough, grainy and blurred » (brut, flou et granuleux), à même de capter la complexité de l’expérience vécue par chacun et les paradoxes de la modernité subis par tous. Parallèlement à l’essor fulgurant d’une société de consommation sur le modèle occidental, le pays traverse pendant dix ans (de 1960 à 1970) une crise identitaire majeure qui se déploie sur de multiples fronts : bases militaires américaines à Okinawa, bataille contre la construction de l’aéroport de Narita, occupation des universités par les étudiants… L’exposition Provoke, entre contestation et performance rassemble une collection inédite de « Protest Books » édités par des associations d’étudiants, des syndicats, des photojournalistes professionnels et des artistes photographes, des œuvres et performances de collectifs d’artistes qui ont marqué cette période, des interviews avec Daido Moriyama, Nobuyoshi Araki et Eikoh Hosoe, ainsi que plusieurs textes inédits d’historiens et chercheurs japonais, américains et européens. Le catalogue publié à cette occasion par Le BAL et Stedil est disponible sur la boutique en ligne des éditions Le BAL. Jusqu’au 11 décembre à la galerie Le BAL, à Paris.

Continue reading

CRISTINA DE MIDDEL – THIS IS WHAT HATRED DID

cristina de middel

Guidée par le livre My Life in the Bush of Ghosts (1964) de l´écrivain nigérian Amos Tutuola, la photographe espagnole Cristina de Middel a découvert le quartier lacustre de Makoko, à Lagos, au Nigeria. Elle y a réalisé une série de clichés – transposition visuelle du livre – recréant le monde onirique de la brousse, peuplé de mystérieux personnages. L’histoire de Tutuola est celle d’un garçon originaire d’Afrique de l’Ouest, abandonné avec son frère aîné par sa famille, qui entre à son insu dans la contrée magique, surréaliste et périlleuse qu’est la brousse. Makoko est décrit comme « un endroit qui semble échapper à toute logique et qui est réservé à ceux qui y vivent. » De Middel explique que c’est « un lieu que beaucoup de photojournalistes ont représenté comme une Afrique stéréotypée ; qui pourrait être l’endroit parfait, qui pourrait être une métaphore de la brousse dans le livre. Je voulais m’intéresser à cet endroit, l’expliquer. » Le texte et les images sont édités avec soin dans un livre-objet original et particulièrement réussi. This Is What Hatred Did, co-édité par Editorial RM et Archive of Modern Conflict (AMC Books), est construit avec les photographies réalisées par Cristina de Middel et le texte (en anglais) de la nouvelle d’Amos Tutuola, non pas l’un après l’autre, mais le premier en-dessous du second, dans la même reliure suisse. La photographe joue avec un récit double offert par le texte et l’image pour jeter une lumière sur la réalité d’un continent. « Ce travail est un jeu, mais c’est un jeu que je ne pouvais pas jouer seule. J’ai eu besoin des gens pour y participer. J’ai été très intéressée par la façon dont la communauté participerait à la fabrication de leurs propres portraits. » Selon elle, bien que l’édition reflète sa subjectivité, le résultat final n’est pas l’image qu’un Occidental se fait du Nigeria. « Mes images incluent les croyances des gens, des rituels, des religions. Elles tentent de comprendre de l’intérieur. » Publié en décembre dernier, l’ouvrage de 176 pages est disponible sur la boutique en ligne des éditions Archive of Modern Conflict (AMC Books).

Continue reading

LES TATOUAGES DU MILIEU – PARIS

tatouages du milieu

Véritable marqueur social au sein du « milieu », le tatouage carcéral devient, entre 1920 et 1940, l’objet d’une étude photographique commandité par Edmond Locard, fondateur du premier laboratoire de la police scientifique à Lyon. Le photographe Grangeversannes documentera les inscriptions qu’arborent fièrement les détenus et qui constituent un langage codé permettant des rapprochements entre « tribus », ou de constituer un profil psychologique. Rassemblé en 1950 par l’inspecteur Jacques Delarue et Robert Giraud dans l’ouvrage Les Tatouages du Milieu, ces photographies, dont Robert Doisneau réalise des copies, sont présentées comme documents aux côtés des dessins des tatouages que l’inspecteur a scrupuleusement reproduits et décryptés. La Galerie Frédéric Moisan, dans le 6e arrondissement de Paris, présente depuis le 3 novembre une sélection d’une quarantaine de tirages de la collection Delarue ainsi que les dessins originaux ayant servi à la publication. Jusqu’au 20 novembre 2016.

Continue reading

WILLY SPILLER – HELL ON WHEELS

Willy Spiller

La jeune maison d’édition suisse Sturm & Drang vient de rééditer Hell On Wheels de Willy Spiller. À l’instar des États-Unis entant que melting-pot, le métro, protagoniste incontestable de cette série, peut se définir comme un « boiling-pot » : un vivier cosmopolite bouillonnant mêlant hommes d’affaires, dealers, femmes au foyer, policiers et chefs de gang. Publiées pour la première fois en 1984, les scènes du photographe suisse dans le métro new-yorkais, reconnu comme l’un des métros les plus dangereux au monde, racontent rétrospectivement une histoire différente: celle du glamour et de la couleur, de la curiosité et du divertissement. On apprécie aujourd’hui ces images d’une façon plus objective, sans le sensationnalisme, le danger et le voyeurisme proclamés par les médias à l’époque, mais plutôt avec la fascination de ce jeune européen fraichement débarqué à New York pour son peuple, ses néons, son agitation et son énergie implacable. Saisie sur pellicules de diapositives couleur Kodachrome, la vision de Spiller du système de transport souterrain sordide de la ville s’inscrit dans la lignée de celle d’autres pionniers qui ont documenté New York en couleur (on pense notamment à Bruce Davidson avec son projet Subway ou encore à l’œuvre de Joel Meyerowitz). Pris entre 1977 et 1984, les clichés de Willy Spiller nous font revivre avec une certaine nostalgie le New York d’il y a quelques décennies, avec l’émergence du rap et du graffiti, une ville en effervescence culturelle et au dynamisme créatif hors-norme. Ses images chargées d’émotion sont autant un document visuel incomparable du quotidien des new-yorkais dans le métro, qu’une ode colorée à la ville de New York et à ses habitants. L’ouvrage de 120 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Sturm & Drang, ainsi que sur Amazon.com.

Continue reading

PARIS PHOTO 2016

Voici quelques clichés de la 20ème édition du salon Paris Photo, qui se tenait la semaine dernière. Plus de 150 galeries, provenant de 33 pays, étaient à l’honneur sous la nef du Grand Palais où elles présentaient œuvres historiques et travaux contemporains. Se sont joints à elles une trentaine d’éditeurs internationaux offrant un panorama complet du médium photographique.

Continue reading

ARI MARCOPOULOS – ROME-MALIBU

ari marcopoulos

Publié par les éditions indépendantes néerlandaises Roma Publications, Rome-Malibu est le nouveau projet photographique d’Ari Marcopoulos (voir nos articles sur ses précédents livres ici). L’ouvrage se compose de clichés monochromes réalisés par Marcopoulos à Rome, entre le mois de février et le mois de mars 2016, ainsi qu’à Malibu en août 2016. Rome-Malibu est un document unique, témoin d’une époque et d’un lieu précis, avec ses clichés de l’architecture majestueuse et des monuments grandioses de Rome où n’apparait aucune personne, ainsi qu’une brève section finale sur les rivages de Malibu, en Californie. Le livre reste fidèle aux reproductions au format A4 réalisées à la photocopieuse, si chères au photographe néerlandais. Rome-Malibu est le premier d’une grande série respectant à la lettre ce format Xerox, et qui verra prochainement le jour. Il contient 368 pages et un essai de Kara Walker qui revient sur ce nouveau projet personnel d’Ari Marcopoulos. Le livre est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Roma Publications.

Continue reading

AVE PILDAS – BIJOU

Les éditions Nazraeli Press (Royaume-Uni, États-Unis) publient depuis 1998 la série One Picture Book dans le but de proposer des œuvres originales de photographes de renom, à un prix abordable. La série se compose de livres reliés de taille moyenne, tous conçus de la même façon: 16 pages servent de toile à l’artiste, afin de présenter au lecteur une œuvre originale et cohérente. Chaque ouvrage est publié dans une édition de 500 exemplaires numérotés, et chacun contient une photographie originale, signée au verso par l’artiste; d’où le nom de la série. Nazraeli Press a fait appel au photographe américain Ave Pildas pour la réalisation du One Picture Book #96. Dès son arrivée à Hollywood en 1971, Pildas est frappé par l’omniprésence du soleil et l’influence de l’Art Déco dans le paysage urbain. Il découvre dans les rues les somptueux palais cinématographiques, apparus pour la première fois dans les années 1920, symboles emblématiques de l’immense popularité des films et de l’importance de l’industrie du cinéma dans l’économie de la Californie du Sud. Les architectes des premiers cinémas considéraient que l’expérience cinématographique commençait sur le trottoir, devant le bâtiment où les films étaient projetés. Les guichets n’étaient que de minuscules structures autonomes où les billets étaient vendus au public. Ces petites cabines au style à la fois raffiné et extravagant, occupés par une ou deux vendeuses de billets, offraient un avant-goût de la décoration opulente de l’intérieur du cinéma et reflétaient ainsi son style. Comme avec tous les ouvrages de la série One Picture Book, Bijou est numéroté et la photographie est signée par l’artiste au verso. Le livre est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Nazraeli Press.

Continue reading