Category Archives: Art

THE WORLD OF EIKOH HOSOE – SPHERICAL DUALISM OF PHOTOGRAPHY

Publié par les éditions japonaises Seigensha, The World of Eikoh Hosoe: Spherical Dualism of Photography propose une analyse élargie et structurée de l’œuvre d’Eikoh Hosoe, figure centrale de la photographie japonaise d’après-guerre, en abordant aussi bien ses séries majeures que les fondements théoriques de sa démarche. Conçu comme une rétrospective conceptuelle, l’ouvrage couvre plusieurs décennies de création et s’organise autour de la notion de « dualisme sphérique », selon laquelle le monde est régi par des oppositions complémentaires — corps et esprit, ordre et chaos, érotisme et mort — qui coexistent au sein de l’image photographique. Hosoe y défend une photographie affranchie du réalisme documentaire, pensée comme un espace de projection mentale et symbolique. Les corps, souvent mis en tension ou fragmentés, deviennent des formes expressives plutôt que des sujets identifiables, comme dans la série Barakei (Ordeal by Roses), issue de sa collaboration avec Yukio Mishima, où la mise en scène du corps révèle des conflits intérieurs et idéologiques. Le livre accorde également une place importante à la série Gaudí, réalisée à Barcelone, dans laquelle Hosoe transpose sa vision du dualisme à l’architecture organique de l’architecte catalan : les formes courbes, les textures minérales et les jeux d’ombre et de lumière y sont photographiés comme des corps vivants, prolongeant sa réflexion sur la fusion entre nature, matière et spiritualité. Le noir et blanc contrasté, l’attention portée à la structure formelle et l’influence du théâtre et de la danse expérimentale japonaise confèrent à l’ensemble une forte cohérence visuelle. Par sa mise en page immersive et son approche analytique, l’ouvrage s’impose comme une synthèse essentielle de la pensée esthétique de Hosoe, affirmant la photographie comme un médium conceptuel capable d’articuler expérience sensorielle et questionnement existentiel. Le livre de 260 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Seigensha.

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MOUNTAIN STYLE – BRITISH OUTDOOR CLOTHING 1953-2000

À la croisée de l’aventure, du design et de la culture populaire, Mountain Style – British Outdoor Clothing 1953-2000 (publié par les éditions britanniques Isola Press) s’impose comme un ouvrage de référence. Plus qu’un livre de mode, c’est une plongée fascinante dans l’histoire d’un vestiaire né dans le froid, la pluie et les sommets, devenu au fil des décennies un symbole de style bien au-delà des montagnes. Tout commence en 1953, avec la première ascension britannique de l’Everest. Un moment fondateur qui marque le début d’une nouvelle ère pour l’équipement outdoor. À l’époque, les vêtements sont fonctionnels, robustes, parfois bricolés. La laine, le coton et les surplus militaires dominent. Puis viennent l’innovation, les matières techniques et l’essor de marques aujourd’hui cultes comme Karrimor, Berghaus, Rab ou Mountain Equipment. À travers des centaines d’archives visuelles – publicités, catalogues, photos inédites – Mountain Style raconte comment ces pièces conçues pour survivre aux éléments ont quitté les sentiers escarpés pour envahir les villes. Dans les années 80 et 90, les parkas, vestes Gore-Tex et sacs à dos techniques deviennent des marqueurs identitaires, adoptés par les supporters de football, la scène rave ou le streetwear naissant. Le livre explore aussi les figures clés de cette révolution textile : designers, alpinistes, ingénieurs, passionnés, tous animés par la même obsession de performance et de liberté. Le résultat est un récit riche, documenté et profondément humain. À la fois beau livre et essai culturel, Mountain Style séduira les amateurs d’outdoor, les passionnés de mode, les nostalgiques du vintage et tous ceux qui voient dans un vêtement bien plus qu’un simple objet : une histoire, un usage, un style de vie. Le livre de 320 pages, indispensable pour comprendre comment l’outdoor britannique a façonné notre manière de nous habiller… et de regarder le monde, est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Isola Press.

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WILLIAM EGGLESTON – THE LAST DYES

The Last Dyes de William Eggleston est un ouvrage charnière qui fonctionne à la fois comme célébration et comme point final d’une aventure artistique et technique. Publié par les éditions américaines David Zwirner Books, le livre réunit les dernières photographies tirées selon le procédé du dye-transfer, une méthode aujourd’hui disparue qui permettait une richesse chromatique exceptionnelle et que Eggleston a portée à un niveau inédit dans l’histoire de la photographie. Figure majeure et pionnier de la photographie couleur, l’artiste y poursuit son exploration de l’ordinaire : routes secondaires, intérieurs anonymes, paysages du Sud des États-Unis, détails insignifiants en apparence, tous transformés par un sens aigu de la composition et par des couleurs denses, vibrantes, presque sensuelles. Ces images ne racontent pas d’histoires explicites ; elles fonctionnent comme des fragments, des poèmes visuels, où la couleur devient le véritable sujet. Le livre est accompagné d’un essai de Jeffrey Kastner, qui apporte un éclairage essentiel sur l’importance de cette série. Kastner replace The Last Dyes dans l’ensemble de l’œuvre d’Eggleston, soulignant comment la fin du dye-transfer ne constitue pas une nostalgie, mais plutôt l’aboutissement logique d’une recherche sur la perception, la matière et le regard. Son texte met en évidence la manière dont Eggleston a redéfini la photographie couleur, en l’éloignant du simple réalisme pour en faire un espace d’expérimentation esthétique et émotionnelle. Ainsi, The Last Dyes s’impose comme un livre à la fois contemplatif et réflexif, un objet précieux qui témoigne de la fin d’un procédé historique tout en affirmant la permanence d’un regard qui continue d’influencer profondément la photographie contemporaine. Le livre de 112 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions David Zwirner Books.

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GRACIELA ITURBIDE

Paru en 2025 aux éditions Editorial RM en collaboration avec la Fundación Mapfre, le livre Graciela Iturbide s’impose comme l’une des publications les plus importantes jamais consacrées à la photographe mexicaine. Cette monographie d’envergure retrace plus de cinquante ans de création et offre une plongée approfondie dans une œuvre devenue essentielle à l’histoire de la photographie contemporaine. Rassemblant plus de deux cents photographies en noir et blanc, l’ouvrage mêle images emblématiques et travaux plus rarement montrés. Il révèle la cohérence d’un regard qui, au fil des décennies, a su conjuguer observation du réel et puissance symbolique. Le livre suit une progression chronologique, permettant de comprendre l’évolution esthétique et conceptuelle d’Iturbide, sans jamais enfermer son travail dans une lecture purement documentaire. Les thèmes centraux de son œuvre — l’identité, les traditions, les rituels, la mort, le sacré et la place des femmes — traversent les pages avec une intensité intacte. Des séries majeures réalisées au Mexique, notamment à Juchitán ou dans le désert de Sonora, côtoient des images prises dans d’autres régions du monde, révélant une attention constante portée aux communautés et aux cultures marginalisées. La force du travail de Graciela Iturbide réside dans sa capacité à transformer des scènes ordinaires en images chargées de mystère et de poésie. Ses photographies ne cherchent pas à expliquer, mais à suggérer, laissant au spectateur un espace d’interprétation sensible. Chaque image témoigne d’un profond respect pour les personnes photographiées et d’un lien intime construit dans la durée. Des essais critiques et une chronologie détaillée viennent enrichir l’ensemble, apportant un éclairage précieux sur le contexte culturel, artistique et personnel de la photographe. Sans jamais prendre le pas sur les images, ces textes accompagnent la lecture et soulignent l’importance de son œuvre dans l’histoire visuelle contemporaine. Plus qu’un simple livre de photographie, cette publication apparaît comme une véritable traversée de l’univers de Graciela Iturbide. Elle confirme la place singulière de l’artiste : celle d’une photographe dont le regard, à la fois rigoureux et profondément humain, continue de résonner avec une force rare aujourd’hui. L’ouvrage de 292 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Editorial RM.

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SAKIKO NOMURA – TENDER IS THE NIGHT

Avec Tender is the Night (piublié par les édtions Prestel en collaboration avec la Fondation MAPFRE), Sakiko Nomura prolonge une recherche photographique centrée sur la nuit comme espace esthétique et conceptuel. Le titre, emprunté à F. Scott Fitzgerald, ne fonctionne pas comme une référence narrative mais comme une clé affective, orientant la lecture vers la fragilité, l’ambivalence du désir et la suspension du temps. L’ouvrage s’inscrit dans la continuité du travail de Nomura sur le corps masculin, abordé non comme sujet érotique explicite, mais comme surface sensible et instable. Les corps sont fragmentés, souvent privés de visage, réduits à des zones de peau, des gestes inachevés. Cette stratégie visuelle empêche toute identification directe et déplace l’attention vers l’expérience perceptive du regardeur. La nuit joue ici un rôle structurant. Elle n’est pas un simple cadre mais un dispositif qui conditionne la visibilité. L’obscurité permet une économie du dévoilement, dans laquelle la photographie oscille entre apparition et effacement. Le choix du noir et blanc, associé à un grain argentique dense, renforce cette tension. La matière photographique devient presque tactile, soulignant la physicalité du médium autant que celle des corps représentés. L’intervention critique de Simon Baker joue un rôle déterminant dans la lecture de l’ouvrage. Historien de la photographie et ancien conservateur, Baker inscrit le travail de Nomura dans une réflexion plus large sur le regard, le désir et la temporalité photographique. Son texte n’impose pas une interprétation fermée, mais propose un cadre analytique qui éclaire la cohérence formelle et conceptuelle du livre. En soulignant l’importance du rythme, de la répétition et du silence, Baker met en évidence la manière dont Tender is the Night se construit comme une expérience temporelle plutôt qu’un récit linéaire. Son approche critique dialogue avec les images sans les surdéterminer, renforçant la position active du spectateur. L’absence de texte explicatif dans le livre participe de cette logique. Elle refuse toute interprétation autoritaire et place le spectateur dans une position active, confronté à une suite d’images ouvertes, non hiérarchisées. Tender is the Night se construit ainsi comme une expérience temporelle plutôt qu’un récit. La répétition des motifs, la lenteur du rythme et la retenue expressive instaurent une forme de contemplation critique. Par cette approche, Sakiko Nomura, protégée de Nobuyoshi Araki, interroge les modalités contemporaines du regard, du désir et de la représentation du corps. L’ouvrage s’impose comme un objet photographique rigoureux, où la sensualité devient un enjeu formel et théorique. Le livre de 232 pages est maintenant disponible en librairie ainsi que sur Amazon.com.

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GEORGES JOUVE

Icône du design français, Georges Jouve retrouve la lumière à travers un ouvrage aussi élégant que rigoureux publié par les éditions françaises NORMA, pensé comme un véritable livre-objet et une immersion dans l’univers du maître. Céramiste, sculpteur, architecte de formes, Jouve échappe aux catégories, développant une œuvre radicale et sensuelle où la matière semble toujours en mouvement, entre noirs profonds, blancs crayeux et émaux vibrants. Le livre retrace une trajectoire libre, des années d’après-guerre à une abstraction souveraine, révélant une recherche constante d’équilibre entre rigueur moderniste et lyrisme méditerranéen. La direction artistique privilégie l’épure, avec de grandes photographies et des détails qui donnent à voir les traces de la main et la tension des surfaces, tandis que les textes contextualisent sans figer, éclairant une pensée exigeante et résolument contemporaine. Une place essentielle est accordée au travail de Karine Lacquement, dont le regard sensible et précis renouvelle la lecture de l’œuvre : ses images, à la fois analytiques et poétiques, captent la profondeur des émaux, la vibration des volumes et l’intimité des formes, donnant à voir Georges Jouve au plus près de la matière. Loin du simple catalogue, l’ouvrage se lit comme un récit visuel, un dialogue continu entre formes et idées, rappelant combien Georges Jouve fut un créateur total, à la croisée de l’art, du design et de l’architecture, dont l’influence internationale et la modernité demeurent intactes. À la fois référence pour les amateurs de céramique, outil pour les collectionneurs et source d’inspiration pour les designers, ce livre dense et sobre invite à la contemplation et s’impose comme un indispensable de toute bibliothèque dédiée au design. Le livre de 288 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions NORMA.

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KUSUKAZU URAGUCHI – SHIMA NO AMA

Kusukazu Uraguchi (1922-1988) est un photographe japonais connu pour son approche intime et spontanée de la photographie de rue. Son travail capte des scènes ordinaires du quotidien avec une attention particulière aux détails, aux gestes et à l’atmosphère urbaine. Il s’inscrit dans la tradition japonaise du snapshot, privilégiant l’instant et la sensibilité personnelle plutôt que la mise en scène. Publié pour la première fois au Japon en 1981, son ouvrage phare Shima no Ama est aujourd’hui republié pour la seconde fois par les éditions françaises Atelier EXB. Depuis plusieurs siècles, les ama – pêcheuses-plongeuses japonaises – nourrissent l’imaginaire nippon. Ces plongeuses en apnée collectent des ormeaux, coquillages et algues dont la vente leur assure l’autonomie financière au sein de leur foyer. Depuis le milieu des années 1950 et pendant plus de trente ans, Uraguchi  les a photographiées dans la région de Shima, le long de la côte Pacifique du Japon. Fruit d’un important travail de recherche parmi près de 40 000 négatifs – pour la quasi-totalité inédits –, cette archive remarquable de paysages, portraits et vues sous-marines raconte à la fois le quotidien et la place particulière de la communauté des ama au sein de la société japonaise. Les images de Uraguchi parlent d’héritage culturel autant que de modernité alors que ces communautés ont connu de profondes mutations suite à la vague d’urbanisation qui a parcouru le Japon après la guerre. Son langage photographique – la force plastique de ses noirs et blancs contrastés, son sens du décadrage, les gestes saisis dans leur spontanéité – célèbre la liberté des corps, la solidarité et l’esprit d’indépendance. Pour éclairer les multiples facettes de ce travail, le corpus visuel est accompagné d’un texte de Sonia Voss qui dévoile le monde mystérieux de cette communauté, ainsi que d’un texte de Chihiro Minato qui inscrit cette oeuvre dans l’histoire de la photographie. Un glossaire, inspiré des écrits de l’ethnologue japonaise Kiyoko Segawa et dédié au monde de la pêche et de ces plongeuses, révèle toute la richesse et la technicité de leur discipline. Shima no Ama est un témoignage sensible et respectueux sur un mode de vie insulaire aujourd’hui menacé de disparition. Par son regard humble et immersif, Uraguchi transforme le documentaire en une mémoire visuelle profondément humaine. Le livre de 168 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Atelier EXB.

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LEE FRIEDLANDER – CHRISTMAS

Avec Christmas – publié par les éditions new-yorkaises Eakins Press Foundation – Lee Friedlander transforme l’une des fêtes les plus universellement célébrées en un théâtre visuel où le kitsch, la surcharge et la tendresse cohabitent sans jamais vraiment se toucher. Publié à partir d’un corpus de photographies prises sur plusieurs décennies, le livre rassemble ce que l’artiste sait faire de mieux : observer l’ordinaire jusqu’à ce qu’il devienne étrange. On y retrouve les ingrédients classiques du regard friedlandérien : compositions fragmentées, reflets qui brouillent les plans, silhouettes tronquées, détails incongrus. Noël, chez lui, n’est pas un moment suspendu de pure magie : c’est une accumulation de signes, de rituels et de débordements visuels. Entre vitrines surchargées, sapins malmenés par la perspective et visages absorbés dans des gestes familiers, Friedlander révèle la comédie involontaire des fêtes de fin d’année. Loin du sentimentalisme attendu, Christmas explore une esthétique du trop-plein : trop de décorations, trop de guirlandes, trop de symboles. C’est précisément dans cette exubérance que le photographe trouve son matériau. Ses images, souvent prises sur le vif dans des rues américaines, dévoilent une société où le sacré et le commercial cohabitent en permanence, où les Pères Noël en plastique veillent sur les trottoirs comme des totems familiers. Ce livre, pourtant, n’est pas cynique. Friedlander observe plus qu’il ne juge. Les scènes domestiques, les enfants en pyjama, les intérieurs modestes baignés d’une lumière d’hiver composent un contrepoint tendre et mélancolique. Noël apparaît alors comme un moment de suspension, une parenthèse où l’ordinaire se charge d’une intensité particulière. L’ensemble fonctionne comme un grand catalogue des mythologies de la fête. On y trouve l’Amérique telle qu’elle se représente elle-même : consumériste, foisonnante, parfois absurde, mais aussi profondément attachée à ses rituels. Friedlander, en archéologue de l’image, en révèle les strates : traditions familiales, commerce omniprésent, quête de chaleur dans un monde froid. En refermant Christmas, on comprend que Friedlander n’a jamais cherché à livrer une célébration festive. Il propose plutôt une observation minutieuse du spectacle collectif qui entoure Noël, un spectacle où chacun est acteur malgré lui. Le résultat est un livre à la fois drôle, tendre et acerbe, où la photographie devient un instrument d’inventaire et de décalage. Un classique pour quiconque veut redécouvrir Noël à travers le prisme d’un des plus grands observateurs de la vie américaine. Le livre de 112 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Eakins Press Foundation.

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CHRISTOPHER WOOL – SEE STOP RUN

Le livre See Stop Run de Christopher Wool, publié par les éditions allemandes Holzwarth Publications, accompagne et prolonge l’exposition éponyme en offrant une immersion dense dans l’univers visuel de l’artiste grâce à un ouvrage de 400 pages mêlant plus de 300 photographies issues tant de prises professionnelles que de clichés spontanés réalisés par les visiteurs, révélant ainsi la dimension collective de la réception de l’œuvre. Né de l’exposition présentée en 2024 au 19e étage brut et inachevé d’un immeuble de Greenwich Street, à New York, le projet affirmait déjà une rupture avec le white cube traditionnel en mettant en tension l’architecture industrielle du lieu et la vitalité plastique des peintures, sculptures, mosaïques et photographies produites par Wool au cours de la dernière décennie. L’ouvrage restitue cette expérience immersive tout en l’enrichissant d’un long entretien entre l’artiste et la commissaire Anne Pontégnie, éclairant les enjeux de documentation, de perception et d’espace qui sous-tendent sa démarche. En 2025, l’exposition a pris une seconde vie à Marfa, au Texas, dans le Brite Building, s’inscrivant dans un territoire essentiel à la pratique sculpturale de Wool et intégrant même trois sculptures monumentales installées en extérieur, ce qui élargit encore la portée du dialogue entre l’œuvre et son environnement. En réassemblant les images captées par une multitude de regards, See Stop Run dépasse le simple rôle de catalogue pour devenir une réflexion sur la manière dont les expositions contemporaines se vivent, se partagent et se prolongent au-delà du lieu physique. Il met en lumière la capacité de Wool à faire dialoguer ses formes fragmentées, ses superpositions picturales et ses expérimentations matérielles avec des contextes aussi opposés que la verticalité urbaine new-yorkaise et l’horizon désertique texan. Le livre apparaît ainsi comme une archive vivante, un espace de circulation des points de vue où l’exposition devient expérience, tandis que l’expérience devient mémoire visuelle et matière éditoriale. Par son ampleur, sa liberté formelle et son attention au regard des visiteurs, See Stop Run témoigne de la vitalité d’une pratique artistique qui interroge sans relâche la façon dont nous voyons, parcourons et réactivons les œuvres dans nos propres trajectoires. Le livre est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Holzwarth Publications.

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KRASS CLEMENT – FØDT AF MØRKET

Avec Født af mørket, publié par les éditions Gyldendal, le photographe danois Krass Clement signe l’une de ses œuvres les plus sombres et les plus introspectives. Réalisé à Saint-Pétersbourg, ce livre rassemble près de 350 images prises au fil de plusieurs séjours dans la ville, juste avant les bouleversements géopolitiques récents. Plus qu’un reportage, c’est une immersion sensorielle dans une atmosphère dense, mélancolique et presque suspendue. Clement ne cherche ni l’événement spectaculaire ni le portrait posé. Il s’attarde sur les gestes discrets, les regards perdus, les instants où rien ne semble se passer — mais où tout, paradoxalement, se révèle. Les rues, les tramways, les escaliers, les intérieurs défraîchis deviennent les scènes d’un théâtre silencieux où se joue le quotidien d’une ville marquée par son histoire. La palette visuelle oscille entre gris profonds, bruns éteints et lumières vacillantes. Même les éclats de couleur paraissent absorbés par la tristesse ambiante. Les habitants, souvent captés dans l’indifférence ou la fatigue, incarnent une humanité à la fois digne et vulnérable. On y ressent le poids du temps, l’usure des habitudes, une forme d’immobilité sociale qui enveloppe le lecteur au fil des pages. La lecture de Født af mørket impose un rythme lent, presque méditatif. Chaque photographie agit comme un fragment narratif, un poème en image qui, mis bout à bout, compose un portrait saisissant de Saint-Pétersbourg et de ceux qui y vivent. C’est une œuvre exigeante, contemplative, où la ville devient personnage central, à la fois familière et insaisissable. Krass Clement signe ici un livre d’une grande puissance émotionnelle — un voyage dans les marges du quotidien, entre solitude, gravité et beauté fragile. Født af mørket n’est pas seulement une exploration photographique : c’est un miroir tendu vers une époque, un lieu et, peut-être, vers nous-mêmes. Le livre de 352 pages est maintenant disponible sur la boutique en lligne des éditions danoises Gyldendal.

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SHIRO KURAMATA – ESSAYS & WRITINGS

À la croisée du design, de la poésie et de la transparence, Essays & Writings de Shiro Kuramata (publié par les éditions Phaidon) se présente comme un livre-objet rare, où la pensée du créateur semble flotter légèrement au-dessus du réel. Figure majeure du design japonais du XXe siècle, Kuramata y dévoile une sensibilité presque métaphysique à travers des textes brefs, véritables fragments lumineux révélant l’intuition derrière ses meubles immatériels et ses espaces épurés. L’ouvrage rassemble notes, lettres et réflexions, tout en laissant transparaître son désir obstiné de « dissoudre la matière ». Les mots deviennent ici aussi essentiels que le verre, l’acrylique ou le métal perforé, construisant un ensemble fidèle à l’esprit du designer : minimal, mais chargé d’émotion. Chaque page respire une pudeur maîtrisée ; Kuramata n’y explique pas son œuvre, il en dévoile plutôt la vibration intime, nourrie par ses obsessions pour la lumière, la pesanteur et la disparition. Ces écrits révèlent un rapport contemplatif au monde et ouvrent sur un imaginaire où l’objet est moins fonction qu’atmosphère, éclairant sa manière unique de travailler la frontière entre visible et invisible, dans une tension constante entre rigueur technique et rêverie. L’édition comporte également une contribution précieuse de Deyan Sudjic, critique, historien du design et ancien directeur du Design Museum de Londres. Son regard expert replace l’œuvre de Kuramata dans un contexte international, soulignant l’influence déterminante du designer sur la scène postmoderne et sa capacité singulière à marier technologie, poésie et radicalité formelle. Sudjic apporte un contrepoint analytique à la voix introspective de Kuramata, donnant au lecteur des clés de lecture historiques et culturelles qui enrichissent l’expérience du livre. Son texte agit comme une passerelle, permettant de comprendre comment l’esthétique éthérée de Kuramata a redéfini les frontières du design contemporain. Déjà remarquable par son contenu, l’ouvrage l’est encore davantage par son écrin : un boîtier en acrylique transparent, hommage direct à l’esthétique Kuramata, qui transforme le livre lui-même en pièce de design. Cette enveloppe rigide et cristalline prolonge son obsession pour la légèreté et la disparition, donnant l’impression que le volume flotte, suspendu dans un espace immaculé. Plus qu’un simple objet de protection, ce packaging renforce la dimension conceptuelle de l’ouvrage, brouillant les frontières entre livre, sculpture et manifeste. Essays & Writings devient alors une rencontre avec une pensée rare, une invitation à regarder l’immatériel autrement — à travers le prisme limpide de Kuramata. Le double livre de 406 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Phaidon.

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STEPHAN VANFLETEREN – TRANSCRIPTS OF A SEA

Dans Transcripts of a Sea (publié par les éditions belges Hannibal Books), Stephan Vanfleteren livre un hommage majestueux et intime à la mer, qu’il observe, affronte et interprète avec la patience d’un marin et la sensibilité d’un poète visuel. Pendant cinq ans, le photographe belge a sillonné les rivages, souvent immergé jusqu’à la taille, capturant l’eau sous toutes ses humeurs : calme comme un miroir, agitée comme une machine à laver en plein essorage, ou avalée par la brume. La mer n’est pas ici un décor, mais un être vivant, une présence silencieuse et puissante. Vanfleteren écrit lui-même : « La mer ne fait jamais la difficile. On n’a pas besoin de se justifier ou d’être poli. Je capte, j’interprète, je sublime, j’abstrais. » Ce livre réunit quelque 136 images d’une intensité rare, accompagnées de textes de Johan De Smet et Manfred Sellink, dans une mise en page ample et sobre qui laisse respirer les photographies. Chaque cliché devient une méditation sur la lumière, le temps, la mémoire. L’artiste ne se contente pas d’enregistrer la surface : il dialogue avec l’histoire de l’art, plaçant ses images en regard de la peinture marine, de Courbet à Spilliaert, d’Ensor à Turner. À travers cette correspondance visuelle, il explore la permanence du mystère maritime et l’éternelle fascination de l’homme pour l’horizon. Dans son « logbook », il note le vent, la marée, la phase de lune — comme un navigateur de l’image — et admet que la fidélité à la mer est impossible : chaque photo est un pacte avec l’imprévu. Objet d’art à part entière, le livre séduit par la qualité de son tirage, sa bichromie nuancée et sa couverture austère, presque monastique, qui reflète la rigueur et la poésie de son auteur. En écho à l’ouvrage, l’exposition Transcripts of a Sea se tient au Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK) du 20 septembre 2025 au 4 janvier 2026. Elle présente les photographies de Vanfleteren en dialogue direct avec des toiles historiques issues de la collection du musée. Le visiteur y découvre la mer comme un langage universel, traversant les siècles et les médiums, du pinceau à l’objectif. Un voyage sensoriel et méditatif où l’on sort, un peu comme après une tempête, apaisé et songeur. Le livre de 292 pages est maintenant disponibles en trois versions (anglais/français/néerlandais) sur la boutique en ligne des éditions Hannibal Books.

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