Category Archives: Art

BOBBY DOHERTY – SEABIRD

Publié par les éditions britanniques Loose Joints, Seabird est un livre de moments du quotidien observés par le photographe américain Bobby Doherty, entre 2014 et 2018. Ancien photographe pour le New York Magazine, Doherty fait des photos qui vont droit au but. Au premier coup d’œil, certains clichés d’oiseaux de mer semblent magnifiquement simplifiées à l’extrême, les objets et les situations se simplifient jusqu’à leurs éléments constitutifs les plus épurés; le verre le plus translucide sur la nappe la plus rouge, la rosée la plus humide sur la feuille la plus tendre… Doherty s’empresse d’embrasser à la fois le sens et l’insignifiance de la vie de tous les jours: des paysages et des portraits bucoliques et émotifs côtoient des déchets urbains, des animaux, des aliments et des fleurs. Ce qui ressort de son œuvre ressemble à un égalitarisme photographique, où le minuscule et l’énorme, le banal et le sublime, coexistent sur les pages. “Je ne remets pas trop souvent en question mes motivations en tant que photographe”, avoue le photographe. “Les rares fois où j’ai tenté de synthétiser ce que j’essaie vraiment de faire avec la photographie n’ont jamais fait que soulever des doutes”, poursuit-il. “Il est difficile pour moi d’expliquer mon style. Je prends juste des photos de choses que j’aime avec le moins d’hésitation possible.” Malgré sa réputation de photographe de natures mortes, Bobby Doherty tient à éviter la catégorisation ou la suranalyse de ses images, se plaçant dans la lignée de ceux qui ont une impérieuse volonté de toujours photographier, de façon constante et extensive, sans souci de cohésion ou de rétrospection. Dans ce contexte, Seabird devient une mosaïque d’images résolument humaine, suggérant le changement d’humeur, ou le basculement des émotions. En un clin d’œil, l’œuvre saute du kitsch des cartes de vœux Hallmark à la juxtaposition sarcastique, du stéréotypé à l’absurde. L’ouvrage de 224 pages est maintenant disponible sur site loosejoints.biz.

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H.C. WESTERMANN – GOIN’ HOME – MADRID

Le musée Reina Sofia de Madrid accueille depuis le 6 février 2019 Goin’ Home, la première grande rétrospective de H.C. Westermann (Los Angeles, 1922-Chicago, 1981). L’artiste américain a créé depuis les années 50 des sculptures très particulières en bois avec en une technique digne d’un ébéniste virtuose, même s’il a aussi utilisé d’autres matériaux et techniques, comme le métal, le verre ou l’émail avec une précision extraordinaire. Ne se restreignant pas à un seul style, Horace Clifford Westermann est un sculpteur qui crée des objets et pièces en vrac. Ses sculptures chargées de sens et souvent d’ironie, sont nées de son expérience, et ont donné lieu à des créations spécifiques de la réalité. Cette rétrospective retrace le parcours de ces œuvres où l’on observe comment surgit la volonté de revenir au refuge, qu’il s’agisse de chez lui ou de son propre corps, ainsi qu’une omniprésence du personnage obstiné ou impuissant. On peut y admirer les sculptures, les peintures et les lettres-dessin que Westermann envoyait quotidiennement à d’autres artistes, critiques et amis. On y retrouve également les séries de son travail graphique, où il aborde via des couleurs vives certains sujets comme l’évasion, le portrait critique du contexte nord-américain et la catastrophe ou la fragilité. Jusqu’au 6 mai.

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LU NAN – TRILOGY

Lu Nan, correspondant de la célèbre agence Magnum depuis 1994, est l’un des photographes documentaires indépendants en Chine qui, depuis la fin des années 1980, ont tourné leurs caméras vers ceux considérés comme les marginaux de la société. Le photographe chinois a passé 15 ans de sa vie sur trois projets différents, regroupés aujourd’hui dans le livre Trilogy publié par les éditions britanniques Gost Books: The Forgotten People (les malades psychiatriques en Chine), On the Road (le quotidien des communautés catholiques en Chine), et enfin Four Seasons (une chronique de la vie des paysans au Tibet). Projets de longue haleine, où il a bâti des relations de confiance avec ses sujets de manière très empathique. Ces images stupéfiantes ont permis à l’auteur de se positionner sur la scène internationale. Mais peut-être plus important encore, cela lui a donné l’opportunité de devenir l’un des rares photographes à avoir levé le voile sur des sujets sensibles ou ignorés en Chine. Ses photographies en noir et blanc représentent les personnes dans leur environnement en utilisant un regard direct, voire frontal. Toutefois cela n’empêche pas l’auteur de développer des contrastes délicats et des compositions élégantes. Dans la première partie du livre, Lu Nan cherche ceux qui ont perdu toute attache, révélant à travers les portraits de quatorze mille patients psychiatriques une Chine méconnue. Les clichés sont souvent pénibles à regarder, mais le photographe équilibre les conditions difficiles avec des moments de tendresse et d’humanité, dans le but documenter ceux qui sont mis de côté par la société avec une empathie attentive et honnête. Les images de la seconde partie de l’ouvrage se penchent quant à elles sur la façon dont les catholiques pratiquent l’amour et la foi dans leur vie quotidienne hors des églises, et sur un peuple résolument dévoué à sa foi face à la discrimination et à la misère. Enfin, la dernière partie du livre capture la vie rurale des paysans tibétains dans les hivers rudes et impitoyables, la saison des semailles et la récolte de l’automne. L’œuvre de Lu Nan est la projection moderne d’une trilogie classique symboliquement représentée dans la Divine Comédie de Dante Alighieri. Chacune de ses parties sont elles aussi des projections exemplaires de ce que peuvent être, sur terre, l’enfer, le purgatoire et le paradis. Ce très bel ouvrage de 400 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Gost Books, ainsi que sur Amazon.com.

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MONA KUHN – SHE DISAPPEARED INTO COMPLETE SILENCE

Encensée pour ses représentations contemporaines et intimes du nu, Mona Kuhn prend une nouvelle direction dans l’abstraction dans sa nouvelle série She Disappeared into Complete Silence, publiée par les éditions allemandes Steidl. Photographiés dans une demeure moderne et isolée conçue par l’architecte Robert Stone, dans le Joshua Tree National Park en Californie, les lignes architecturales, les reflets de lumière et un unique personnage sont soigneusement équilibrés sur fond de désert californien. En élargissant son champ d’intérêt vers l’abstrait, la photographe brésilienne projette son regard vers le désert, avec sa flore et sa lumière intense produisant toutes sortes de réflexions et de transparences. L’unique silhouette présente dans l’ouvrage, l’amie et collaboratrice de longue date de Mona Kuhn, Jacintha, émerge comme un mirage surréaliste, fragmenté et indistinct, parfois submergé d’ombres ou surexposé. La façade de verre et de miroirs de l’édifice sert de plans optiques, une extension de la caméra et de l’objectif de l’artiste. La lumière est divisée en couleurs réfractantes, la végétation du désert pousse latéralement, l’intérieur est à l’extérieur et l’extérieur à l’intérieur. Kuhn provoque un certain effet de désorientation en introduisant des feuilles métalliques comme surface supplémentaire, produisant parfois des résultats purement abstraits. Dans notre interview réalisée en novembre dernier (voir ici), la photographe explique: “Jacintha et moi avons exploré les reflets, les ombres, les illusions et créé des images qui repoussent les limites de la représentation. Je ne voulais plus photographier quelqu’un nu. Je voulais désormais m’échapper du corps et photographier tangentiellement, à travers les nombreuses couches de verre et les angles de reflets, la présence humaine entrant et sortant de l’évidence, parfois trop exposée, parfois cachée dans les ombres, comme un mirage du désert, une figure solitaire qui aurait pu être la toute première ou la dernière à s’y trouver.” Avec sa postface signée Salvador Nadales (conservateur au Musée Reina Sofia de Madrid), ce magnifique ouvrage de 104 pages – que la photographe considère comme son livre le plus expérimental – est maintenant disponible sur la boutique en ligne de Steidl ainsi que sur Amazon.com.

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RAVENS & RED LIPSTICK – JAPANESE PHOTOGRAPHY SINCE 1945

La photographie japonaise a été longtemps ignorée des Occidentaux mais connaît depuis peu une véritable renaissance. Publié par les éditions britanniques Thames & Hudson, Ravens & Red Lipstick, du nom de deux célèbres séries réalisées par les photographes Masahisa Fukase (voir ici) et Ishiuchi Miyako, est un magnifique ouvrage constituant l’un des premiers aperçus de la photographie japonaise à être publié en anglais. S’appuyant sur des recherches approfondies, Lena Fritsch (spécialiste de la photographie et de l’art japonais des XXe et XXIe siècles et conservatrice de l’art moderne et contemporain au Ashmolean Museum de l’Université d’Oxford) retrace l’évolution chronologique de la photographie japonaise, de la sévérité du réalisme d’après-guerre à l’inventivité de la photographie dans le Japon contemporain. Entrecoupé d’interviews originales fascinantes avec certains des photographes les plus influents de chaque époque, le livre retrace notamment le parcours du groupe Vivo des années 1960, Provoke dans les années 1970 (voir notre article ici), et la mode du Girl Power des années 1990, jusqu’aux tendances contemporaines. Au fil des pages, les lecteurs rencontrent les figures-clés entrées dans l’histoire de la photographie, comme Daido Moriyama, Nobuyoshi Araki ou Rinko Kawauchi. Ravens and Red Lipstick offre ainsi un impressionnant et audacieux aperçu visuel de l’histoire récente de la photographie japonaise. Fritsch encadre chaque mouvement de façon magistrale avec leurs différents contextes: elle démontre par exemple que le consumérisme et les débats politiques intenses des années 1960 et 1970 au Japon, sont au cœur du style brut des artistes Provoke. La grande réussite de Fritsch est d’apporter des observations issues d’un large éventail de disciplines à son analyse avec imagination et clarté. Richement illustré avec plus de 200 clichés, le livre est à la fois une introduction accessible et un travail d’analyse éclairant de la photographie japonaise depuis 1945. Ravens and Red Lipstick est maintenant disponible sur la boutique en ligne de Thames & Hudson, ainsi que sur Amazon.com.

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JONO ROTMAN – MONGRELISM

Le Mongrel Mob d’Aotearoa en Nouvelle-Zélande est connu pour son extrême violence, et a longtemps été considéré comme le grand ennemi de la nation. Né dans les années soixante, ce gang signifiant littéralement «bande de bâtards» ou «meute de bâtards» est devenu le plus puissant et redouté du pays. Ses quelque 1000 membres ne circulent habituellement pas à moto. Mais le gang est organisé comme un club de bikers, très hiérarchisé, avec ses prospects ou ses chapitres – il existe une trentaine de branches locales dans le pays. Le gang affiche de nombreuses contradictions: son icône est le bulldog britannique coiffé d’un casque nazi, alors que ses membres sont en grande partie des Maoris autochtones. Cette réappropriation des symboles nationalistes de l’Empire britannique et du IIIe Reich est une manière de questionner la notion d’identité raciale dans cette ancienne colonie. En immersion dans l’underground du Mongrel Mob pendant plus de 8 ans, le photographe néozélandais Jono Rotman publie aux éditions Here Press Mongrelism, le résultat d’une impressionnante recherche autour du célèbre gang. En détournant le genre de l’enquête ethnographique, il réalise près de 200 portraits de ces guerriers aux visages tatoués arborant fièrement leurs emblèmes, des portraits d’une terrifiante intimité. Rassemblant 152 reproductions et complété par des archives et des entretiens, l’ouvrage réalisé grâce au Prix du Livre Images Vevey témoigne de la richesse de cette sous-culture marginalisée. Ce magnifique ouvrage de 300 pages tiré à 1500 exemplaires, dont le projet a suscité la polémique en Nouvelle-Zélande – certains accusant le photographe de rendre le mal esthétique -, est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Here Press (il ne reste que quelques exemplaires).

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PAUL REAS – FABLES OF FAUBUS

Fables of Faubus est la première monographie rétrospective du travail du photographe documentaire britannique Paul Reas, couvrant une période de 30 ans et présentant des œuvres inédites. Reas fait partie de la génération pionnière de photographes, comme Paul Graham, Martin Parr et Anna Fox, qui ont révélé et critiqué la classe et la culture britanniques dans les années 80 et 90. Fortement influencé par son éducation ouvrière à Bradford, il s’est servi de l’humour et de l’observation aiguisée pour commenter un nouveau monde corporatif et commercial incarné par les nouveaux sites du patrimoine, les centres commerciaux et les supermarchés. Publié par les éditions britanniques Gost Books, le livre ausculte ainsi les mutations socio-économiques qui ont affecté la classe ouvrière britannique de 1982 à 2012, entre déclin de l’industrie minière et essor de la distribution de masse. Plusieurs séries de travaux sont présentées, dont “Industry” (1982) et “Penrhys Estate” (1984) sur le quotidien des mineurs du Pays de Galles. “The Valleys Project” (1985) décrit quant à lui l’impact du déclin des industries de l’acier et du charbon et l’émergence des industries de nouvelles technologies. “I Can Help” (1988), le premier projet en couleur de Reas, illustre de façon acerbe l’augmentation des dépenses de consommation et le développement de nouveaux centres commerciaux, situés en périphérie des villes – les nouvelles cathédrales de la consommation. Une autre vision de la Grande-Bretagne est présentée dans “Flogging a Dead Horse” (1993), qui montre l’essor de l’industrie du patrimoine, avec ses musées industriels et ses maisons de campagne thématiques qui offrent à un pays à la dérive de l’industrie et de l’empire un nouveau sentiment de lieu et d’identité. Le passé recréé par ces attractions touristiques dissimule de nombreuses contradictions pour créer une version fictive et romantique du passé. Sa série la plus récente, “From a Distance” (2012) documente l’essor actuel de la promotion immobilière et les changements auxquels est confrontée la classe ouvrière traditionnelle. Ce magnifique ouvrage de 240 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Gost Books, ainsi que sur Amazon.com.

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YAN WANG PRESTON – MOTHER RIVER

Yan Wang Preston, photographe d’origine chinoise a réalisé plusieurs voyages dans son pays natal, de 2010 à 2014, dans le but de photographier le Yang-Tzé, le plus long fleuve d’Asie. Considérée comme la « rivière mère » de la Chine, elle est souvent représentée par des lieux emblématiques, et c’est cette image conventionnelle qu’a souhaitée bousculer la photographe. Ce projet des plus ambitieux vise à représenter la Chine contemporaine. À l’aide d’un appareil photo grand format, la photographe a pris des clichés le long des 6 211 kilomètres du fleuve, par intervalle de 100 kilomètres, appelés points Y. Yan Wang Preston a dû surpasser de nombreuses difficultés physiques, logistiques, émotionnelles et artistiques pour produire ce récit de la Chine contemporaine – de ses campagnes à l’ouest jusqu’à ses métropoles à l’est. Son travail ne donne pas à voir de paysage pittoresque ou d’apparition du sublime. C’est une collection de territoires banals et aléatoires qui n’ont jamais – ou très peu – été photographiés jusqu’alors. Publié par les éditions allemandes Hatje Cantz, Mother River relate l’histoire de la Chine dans toute sa largeur, et démontre qu’à une époque où la cartographie par satellite et les images abondent, il est encore possible d’obtenir de nouvelles perspectives en réalisant une cartographie ambitieuse, physique et personnelle. Le livre de 160 pages, accompagné d’une carte qui référence tous les points Y, contient une préface de Jem Southam, photographe paysagiste très respecté, et deux essais approfondis du professeur de culture photographique Liz Wells, de l’Université de Plymouth, et du Dr Michael Pritchard, PDG de la Royal Photographic Society. Édité à 1500 exemplaires, Mother River est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Hatje Cantz, ainsi que sur Amazon.com.

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MARTIN PARR – TBILISI

Membre de la coopérative photographique Magnum Photos depuis 1994, Martin Parr a parcouru le monde pour étudier les phénomènes globaux de la consommation, des loisirs et de la communication. Pour son nouveau projet publié par les éditions Prestel, le photographe britannique s’est rendu à Tbilissi, la capitale géorgienne, l’un des sites touristiques les plus dynamiques d’Europe et considéré par beaucoup comme le “nouveau Berlin”. Ses images souvent humoristiques juxtaposent l’insolite et l’ordinaire. En pleine croissance, la ville de Tbilissi est le sujet idéal pour les portraits éloquents de Parr. Destination de voyage en plein essor, la ville est à cheval entre le chic européen du XXIe siècle et les influences soviétiques. Dans les marchés de rue et les magasins haut de gamme, les gymnases et l’opéra, les fêtes de famille et les casinos, Parr documente, à sa manière inimitable, une ville dynamique, en constante évolution, qui semble à la fois lointaine et résolument familière. Avec ses 80 photographies couleur, l’ouvrage nous montre – avec l’humour bienveillant de Martin Parr – les contrastes et les contradictions qui existent entre le vieux Tbilissi et la ville moderne. Le livre de 128 pages, avec une introduction par l’auteur géorgien populaire Aka Morchiladze, est maintenant disponible dans les meilleures librairies, ainsi que sur Amazon.com.

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ANTHONY HERNANDEZ @ FUNDACION MAPFRE MADRID – OPENING

La Fundación MAPFRE de Madrid accueille depuis aujourd’hui la grande rétrospective du photographe américain Anthony Hernandez, avec une impressionnante sélection de plus de 200 clichés. Subversif, méditatif et social, Hernandez a développé, depuis plus de quarante-cinq ans, un style photographique très personnel qui gravite autour de Los Angeles, sa ville natale, reflétant sa beauté désolée et ses étendues croissantes de bitume et de ciment. L’exposition s’étend des premières premières prises de vues des passants de Los Angeles dans les années 70, à la célèbre série en couleur Discarted, réalisée entre 2012 et 2015, sur les lieux abandonnés aux abords de la ville. On y retrouve également la série pour laquelle il abandonna définitivement le noir et blanc, Rodeo Drive (1984), ses travaux Landscapes for the Homeless ou encore la série plus récente Screened Pictures. Jusqu’au 12 mai 2019 à la Sala Fundación MAPFRE Bárbara de Braganza à Madrid.

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SUNIL GUPTA – CHRISTOPHER STREET, 1976

Artiste photographe acclamé dans le monde entier, Sunil Gupta est issu de cette génération prolifique de la diaspora indienne qui est apparue sur la scène artistique du Royaume-Uni dans les années 80. Par son travail, il défie les stéréotypes et questionne les convictions. Il explore les problèmes de race, genre et sexualité ainsi que les questions qui en découlent : culture, frontière et identité. Pendant ses études à la New School de New York, sous l’égide de la légendaire Lisette Model, Sunil Gupta passait ses week-ends à se balader sur Christopher Street, son appareil photo à la main. C’était une période enivrante, après les émeutes Stonewall et avant l’apparition du SIDA, dans laquelle le jeune Gupta et ses amis créèrent un espace public homosexuel jamais vu auparavant. “Je me suis lancé dans la photographie au début des années 1970, explique le photographe. Ce qui n’était au départ qu’un simple hobby a rapidement trouvé sa raison d’être dans le mouvement naissant de libération homosexuelle, en documentant les marches pour les droits des homosexuels ainsi que la scène gay en plein essor. En rétrospective, ces images sont devenues à la fois nostalgiques et emblématiques d’un moment très important de mon histoire personnelle.” Publié par les éditions britanniques Stanley / Barker, Christopher Street, 1976 présente une sélection de ces clichés monochromes, véritable capsule temporelle d’une époque révolue, et témoignage unique de l’identité gay américaine. Le livre de 100 pages, édité à 1000 exemplaires avec sa reliure spirale métallique, est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Stanley / Barker.

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HELEN LEVITT – MONOGRAPH

Helen Levitt (1913-2009) est l’une des figures de proue de la photographie de rue. C’est dans les années 1930 que cet observatrice et chroniqueuse passionnée de la vie dans les rues de New York a commencé à prendre des photos des habitants de quartiers pauvres tels que le Lower East Side, le Bronx et Harlem. Avec un œil pour le surréalisme et l’ironie des détails, elle passera de nombreuses décennies à immortaliser les gens du quotidien dans des compositions dynamiques: des enfants en train de jouer, des passants qui prennent la pose, des couples qui discutent. Le langage pictural non sentimental de Levitt donne lieu à un spectacle humoristique et théâtral, qui se situe au-delà de tout cliché documentaire moral ou social. Son utilisation de la couleur était révolutionnaire: Levitt fait partie de ces photographes qui ont été les pionniers de la couleur comme moyen d’expression artistique. Publié par les éditions allemandes Kehrer à l’occasion de sa grande rétrospective au Musée Albertina de Vienne (du 11/10/2018 au 27/01/2019), cette nouvelle monographie présente près de 130 œuvres iconiques de la photographe américaine. Bon nombre de ces clichés proviennent de la collection personnelle d’Helen Levitt, et ce très bel ouvrage les dévoile pour la première fois au public. On y retrouve notamment ses premières photographies surréalistes de dessins à la craie, sa série de 1941 prise au Mexique, ainsi que ses portraits clandestins de passagers du métro new-yorkais que Walker Evans l’encourage à faire dès 1938. Ce très bel ouvrage de 232 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Kehrer, ainsi que sur Amazon.com.

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