Category Archives: Art

GUY MARTIN – THE PARALLEL STATE

Publié par les éditions britanniques Gost Books, le livre The Parallel State du photographe Guy Martin est issu d’un projet à plusieurs niveaux qui a débuté en tant qu’examen de l’industrie du cinéma et du feuilleton turc, mais qui a évolué au cours des cinq dernières années pour devenir une étude semi-fictive de la vérité, de la réalité et des mensonges. À l’origine, l’expression « parallel state » (état parallèle) servait à désigner les cellules sous contrôle de l’Otan dans la Turquie des années 1950, un « mal pour un bien » qu’ont soutenu les leaders politiques successifs. Lorsque Recep Tayyip Erdogan accède au pouvoir, il se polarise sur les médias, la police, la justice, l’armée et les puissances étrangères qui, selon lui, cherchent à le discréditer, tous formant un autre état parallèle qu’il peut rendre responsable de ses contretemps et des maux de son pays. La série de Guy Martin s’ouvre sur l’époque bénie du parc Gezi pour se prolonger jusqu’à la tentative de coup d’état en 2016 et les purges qui s’ensuivent. On y trouve également des photographies prises sur les tournages de feuilletons turcs, autant d’anticipations cauchemardesques mais néanmoins réalistes qui documentent aussi l’histoire récente de la Turquie. Récompensé à Arles en 2017 pour cette série originale sur la Turquie contemporaine, The Parallel State est donc publié aujourd’hui dans une très belle édition avec cinq différentes jaquettes. Le livre de 232 pages, avec des essais de Pelin Turgut et Piotr Zalweski, est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Gost Books. Une édition limitée à 100 exemplaires signée par l’artiste et contenant un cliché numéroté et signé par le photographe est également disponible ici.

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PAUL KOOIKER – EGGS AND RARITIES

L’œuvre de Paul Kooiker (1964) porte principalement sur le regard, le voyeurisme et la distance. Le spectateur y occupe une place centrale. Chez Kooiker, il n’existe pas de mode d’emploi pour clarifier la signification d’une image. Rien que l’image, le sujet. Le vide créatif et obsessionnel auquel on  accède alors peut troubler et déstabiliser. Le photographe néerlandais soulève des questions, mais y répond rarement. C’est donc au spectateur de s’exprimer, de faire preuve d’ouverture d’esprit et d’avoir confiance en son propre jugement. Publié conjointement à l’exposition Untitled (Nude) au FOMU – Musée de la photographie d’Anvers, qui s’est tenue du 29 juin au 7 octobre 2018, Eggs and Rarities est le nouvel ouvrage de Paul Kooiker. Véritable encyclopédie de la vie de l’artiste, le livre est un projet ambitieux et tout autant utopique constitué d’un échantillonnage de genres photographiques alliant paysage, nu, nature morte, etc. Conjuguant des clichés de propagandes, de brochures touristiques, et d’images de rhétoriques religieuses, le photographe transcende l’approche apparemment objective des images de sorte que les espaces intimes, privés et publics se confrontent puis se conjuguent. Il en résulte un effacement des frontières entre la vie et la mort, entre le projet photographique et la vie de l’artiste. Publié par Art Paper Editions en collaboration avec Dashwood Books et FOMU, cette magnifique monographie de 172 pages, édité à 2000 exemplaires seulement, est maintenant disponible sur la boutique en ligne artpapereditions.org/.

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ADA BLIGAARD SØBY – THE BEST IS YET TO COME

Ada Bligaard Søby (née en 1975) est une documentariste et réalisatrice danoise. Elle fait ses études à la School of Visual Arts de NewYork et à la Fatamorgana, l’école danoise de photographie artistique. Elle assiste le célèbre photographe de mode Terry Richardson à l’époque où il prépare le livre Terryworld, et en profite pour parcourir les États-Unis en moto, avec son appareil photo et son petit ami. Après quatre ans passés à New York, elle retourne au Danemark et devient membre du collectif de cinéastes de Copenhague Super 16. 17 ans après une rupture douloureuse, Ada Bligaard Søby a décidé de faire un livre sur la vie et l’amour avec son ex-petit ami, mettant en commun leurs archives familiales pour tracer une chronologie visuelle de leur vie – avant et après leur relation. Publié par les éditions allemandes Kehrer, The Best is Yet to Come s’est avéré être la plus incroyable expérience de sa carrière artistique. Le livre est particulièrement touchant: deux jeunes gens se rencontrent à New York et s’imprègnent de la vie sauvage de la ville. La musique, l’amour, l’alcool, la jalousie, la séparation et les retrouvailles, ainsi que le Père Noël, Adolf Hitler, Kate Moss, Nina Hagen et la reine du Danemark sont au programme de ce rétro-journal intime, très personnel, de deux amoureux. Un collage coloré d’artefacts, d’associations, d’images d’adolescents et de recherches généalogiques. Il n’est pas difficile de se reconnaître dans de telles rétrospectives et personne ne peut rester indifférent à l’insouciance et à la spontanéité de cette histoire. “En tant que documentariste, j’ai l’habitude de me plonger dans les émotions des autres”, explique la photographe. “On bricole avec nos propres sentiments, perceptions et idées complexes de l’héritage – on rouvre de vieilles blessures. Il y a eu des disputes, de l’épuisement, de la souffrance. Mais je crois que l’art est censé nous sortir de notre zone de confort et repousser les limites. Sinon, c’est inutile.” Le livre de 164 page est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Kehrer, ainsi que sur Amazon.com.

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ANNIE LEIBOVITZ – AU TRAVAIL

Dans son nouveau livre Au Travail, publié par les éditions Phaidon, Annie Leibovitz s’adresse aux jeunes photographes et aux passionnés de photographie. Mais toute personne intéressée par la société contemporaine sera également fascinée par cette introduction à une œuvre majeure. Les sujets abordés sont le travail en studio, le photojournalisme, les portraits de danseurs et de sportifs, la collaboration avec des journalistes et la transition entre l’argentique et le numérique. Publié en anglais en 2008, cet ouvrage de référence est pour la première fois disponible en français, dans une version revue et mise à jour. L’édition originale (en anglais) a été augmentée d un nouveau chapitre présentant ses œuvres récentes. Pour chaque photographie, les informations techniques et le contexte éditorial sont indiqués, ainsi que les réponses aux 10 questions les plus souvent posées à Annie Leibovitz. Parmi les portraits de personnalités, on retrouve celui des Rolling Stones, John Lennon et Yoko Ono, Meryl Streep, Keith Haring, Joan Didion, Mikhaïl Barychnikov, Patti Smith, William S. Burroughs, Agnes Martin, la reine Elizabeth II et Barack Obama. Ce très bel ouvrage de 260 pages dévoile les coulisses du métier de photographe, de la conception à la publication d’un cliché, et révèle le processus de travail derrière les photographies de l’une des photographes contemporaines les plus talentueuses. Le livre est maintenant disponible en librairie, ainsi que sur Amazon.fr.

BOBBY DOHERTY – SEABIRD

Publié par les éditions britanniques Loose Joints, Seabird est un livre de moments du quotidien observés par le photographe américain Bobby Doherty, entre 2014 et 2018. Ancien photographe pour le New York Magazine, Doherty fait des photos qui vont droit au but. Au premier coup d’œil, certains clichés d’oiseaux de mer semblent magnifiquement simplifiées à l’extrême, les objets et les situations se simplifient jusqu’à leurs éléments constitutifs les plus épurés; le verre le plus translucide sur la nappe la plus rouge, la rosée la plus humide sur la feuille la plus tendre… Doherty s’empresse d’embrasser à la fois le sens et l’insignifiance de la vie de tous les jours: des paysages et des portraits bucoliques et émotifs côtoient des déchets urbains, des animaux, des aliments et des fleurs. Ce qui ressort de son œuvre ressemble à un égalitarisme photographique, où le minuscule et l’énorme, le banal et le sublime, coexistent sur les pages. “Je ne remets pas trop souvent en question mes motivations en tant que photographe”, avoue le photographe. “Les rares fois où j’ai tenté de synthétiser ce que j’essaie vraiment de faire avec la photographie n’ont jamais fait que soulever des doutes”, poursuit-il. “Il est difficile pour moi d’expliquer mon style. Je prends juste des photos de choses que j’aime avec le moins d’hésitation possible.” Malgré sa réputation de photographe de natures mortes, Bobby Doherty tient à éviter la catégorisation ou la suranalyse de ses images, se plaçant dans la lignée de ceux qui ont une impérieuse volonté de toujours photographier, de façon constante et extensive, sans souci de cohésion ou de rétrospection. Dans ce contexte, Seabird devient une mosaïque d’images résolument humaine, suggérant le changement d’humeur, ou le basculement des émotions. En un clin d’œil, l’œuvre saute du kitsch des cartes de vœux Hallmark à la juxtaposition sarcastique, du stéréotypé à l’absurde. L’ouvrage de 224 pages est maintenant disponible sur site loosejoints.biz.

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H.C. WESTERMANN – GOIN’ HOME – MADRID

Le musée Reina Sofia de Madrid accueille depuis le 6 février 2019 Goin’ Home, la première grande rétrospective de H.C. Westermann (Los Angeles, 1922-Chicago, 1981). L’artiste américain a créé depuis les années 50 des sculptures très particulières en bois avec en une technique digne d’un ébéniste virtuose, même s’il a aussi utilisé d’autres matériaux et techniques, comme le métal, le verre ou l’émail avec une précision extraordinaire. Ne se restreignant pas à un seul style, Horace Clifford Westermann est un sculpteur qui crée des objets et pièces en vrac. Ses sculptures chargées de sens et souvent d’ironie, sont nées de son expérience, et ont donné lieu à des créations spécifiques de la réalité. Cette rétrospective retrace le parcours de ces œuvres où l’on observe comment surgit la volonté de revenir au refuge, qu’il s’agisse de chez lui ou de son propre corps, ainsi qu’une omniprésence du personnage obstiné ou impuissant. On peut y admirer les sculptures, les peintures et les lettres-dessin que Westermann envoyait quotidiennement à d’autres artistes, critiques et amis. On y retrouve également les séries de son travail graphique, où il aborde via des couleurs vives certains sujets comme l’évasion, le portrait critique du contexte nord-américain et la catastrophe ou la fragilité. Jusqu’au 6 mai.

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LU NAN – TRILOGY

Lu Nan, correspondant de la célèbre agence Magnum depuis 1994, est l’un des photographes documentaires indépendants en Chine qui, depuis la fin des années 1980, ont tourné leurs caméras vers ceux considérés comme les marginaux de la société. Le photographe chinois a passé 15 ans de sa vie sur trois projets différents, regroupés aujourd’hui dans le livre Trilogy publié par les éditions britanniques Gost Books: The Forgotten People (les malades psychiatriques en Chine), On the Road (le quotidien des communautés catholiques en Chine), et enfin Four Seasons (une chronique de la vie des paysans au Tibet). Projets de longue haleine, où il a bâti des relations de confiance avec ses sujets de manière très empathique. Ces images stupéfiantes ont permis à l’auteur de se positionner sur la scène internationale. Mais peut-être plus important encore, cela lui a donné l’opportunité de devenir l’un des rares photographes à avoir levé le voile sur des sujets sensibles ou ignorés en Chine. Ses photographies en noir et blanc représentent les personnes dans leur environnement en utilisant un regard direct, voire frontal. Toutefois cela n’empêche pas l’auteur de développer des contrastes délicats et des compositions élégantes. Dans la première partie du livre, Lu Nan cherche ceux qui ont perdu toute attache, révélant à travers les portraits de quatorze mille patients psychiatriques une Chine méconnue. Les clichés sont souvent pénibles à regarder, mais le photographe équilibre les conditions difficiles avec des moments de tendresse et d’humanité, dans le but documenter ceux qui sont mis de côté par la société avec une empathie attentive et honnête. Les images de la seconde partie de l’ouvrage se penchent quant à elles sur la façon dont les catholiques pratiquent l’amour et la foi dans leur vie quotidienne hors des églises, et sur un peuple résolument dévoué à sa foi face à la discrimination et à la misère. Enfin, la dernière partie du livre capture la vie rurale des paysans tibétains dans les hivers rudes et impitoyables, la saison des semailles et la récolte de l’automne. L’œuvre de Lu Nan est la projection moderne d’une trilogie classique symboliquement représentée dans la Divine Comédie de Dante Alighieri. Chacune de ses parties sont elles aussi des projections exemplaires de ce que peuvent être, sur terre, l’enfer, le purgatoire et le paradis. Ce très bel ouvrage de 400 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Gost Books, ainsi que sur Amazon.com.

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MONA KUHN – SHE DISAPPEARED INTO COMPLETE SILENCE

Encensée pour ses représentations contemporaines et intimes du nu, Mona Kuhn prend une nouvelle direction dans l’abstraction dans sa nouvelle série She Disappeared into Complete Silence, publiée par les éditions allemandes Steidl. Photographiés dans une demeure moderne et isolée conçue par l’architecte Robert Stone, dans le Joshua Tree National Park en Californie, les lignes architecturales, les reflets de lumière et un unique personnage sont soigneusement équilibrés sur fond de désert californien. En élargissant son champ d’intérêt vers l’abstrait, la photographe brésilienne projette son regard vers le désert, avec sa flore et sa lumière intense produisant toutes sortes de réflexions et de transparences. L’unique silhouette présente dans l’ouvrage, l’amie et collaboratrice de longue date de Mona Kuhn, Jacintha, émerge comme un mirage surréaliste, fragmenté et indistinct, parfois submergé d’ombres ou surexposé. La façade de verre et de miroirs de l’édifice sert de plans optiques, une extension de la caméra et de l’objectif de l’artiste. La lumière est divisée en couleurs réfractantes, la végétation du désert pousse latéralement, l’intérieur est à l’extérieur et l’extérieur à l’intérieur. Kuhn provoque un certain effet de désorientation en introduisant des feuilles métalliques comme surface supplémentaire, produisant parfois des résultats purement abstraits. Dans notre interview réalisée en novembre dernier (voir ici), la photographe explique: “Jacintha et moi avons exploré les reflets, les ombres, les illusions et créé des images qui repoussent les limites de la représentation. Je ne voulais plus photographier quelqu’un nu. Je voulais désormais m’échapper du corps et photographier tangentiellement, à travers les nombreuses couches de verre et les angles de reflets, la présence humaine entrant et sortant de l’évidence, parfois trop exposée, parfois cachée dans les ombres, comme un mirage du désert, une figure solitaire qui aurait pu être la toute première ou la dernière à s’y trouver.” Avec sa postface signée Salvador Nadales (conservateur au Musée Reina Sofia de Madrid), ce magnifique ouvrage de 104 pages – que la photographe considère comme son livre le plus expérimental – est maintenant disponible sur la boutique en ligne de Steidl ainsi que sur Amazon.com.

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RAVENS & RED LIPSTICK – JAPANESE PHOTOGRAPHY SINCE 1945

La photographie japonaise a été longtemps ignorée des Occidentaux mais connaît depuis peu une véritable renaissance. Publié par les éditions britanniques Thames & Hudson, Ravens & Red Lipstick, du nom de deux célèbres séries réalisées par les photographes Masahisa Fukase (voir ici) et Ishiuchi Miyako, est un magnifique ouvrage constituant l’un des premiers aperçus de la photographie japonaise à être publié en anglais. S’appuyant sur des recherches approfondies, Lena Fritsch (spécialiste de la photographie et de l’art japonais des XXe et XXIe siècles et conservatrice de l’art moderne et contemporain au Ashmolean Museum de l’Université d’Oxford) retrace l’évolution chronologique de la photographie japonaise, de la sévérité du réalisme d’après-guerre à l’inventivité de la photographie dans le Japon contemporain. Entrecoupé d’interviews originales fascinantes avec certains des photographes les plus influents de chaque époque, le livre retrace notamment le parcours du groupe Vivo des années 1960, Provoke dans les années 1970 (voir notre article ici), et la mode du Girl Power des années 1990, jusqu’aux tendances contemporaines. Au fil des pages, les lecteurs rencontrent les figures-clés entrées dans l’histoire de la photographie, comme Daido Moriyama, Nobuyoshi Araki ou Rinko Kawauchi. Ravens and Red Lipstick offre ainsi un impressionnant et audacieux aperçu visuel de l’histoire récente de la photographie japonaise. Fritsch encadre chaque mouvement de façon magistrale avec leurs différents contextes: elle démontre par exemple que le consumérisme et les débats politiques intenses des années 1960 et 1970 au Japon, sont au cœur du style brut des artistes Provoke. La grande réussite de Fritsch est d’apporter des observations issues d’un large éventail de disciplines à son analyse avec imagination et clarté. Richement illustré avec plus de 200 clichés, le livre est à la fois une introduction accessible et un travail d’analyse éclairant de la photographie japonaise depuis 1945. Ravens and Red Lipstick est maintenant disponible sur la boutique en ligne de Thames & Hudson, ainsi que sur Amazon.com.

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JONO ROTMAN – MONGRELISM

Le Mongrel Mob d’Aotearoa en Nouvelle-Zélande est connu pour son extrême violence, et a longtemps été considéré comme le grand ennemi de la nation. Né dans les années soixante, ce gang signifiant littéralement «bande de bâtards» ou «meute de bâtards» est devenu le plus puissant et redouté du pays. Ses quelque 1000 membres ne circulent habituellement pas à moto. Mais le gang est organisé comme un club de bikers, très hiérarchisé, avec ses prospects ou ses chapitres – il existe une trentaine de branches locales dans le pays. Le gang affiche de nombreuses contradictions: son icône est le bulldog britannique coiffé d’un casque nazi, alors que ses membres sont en grande partie des Maoris autochtones. Cette réappropriation des symboles nationalistes de l’Empire britannique et du IIIe Reich est une manière de questionner la notion d’identité raciale dans cette ancienne colonie. En immersion dans l’underground du Mongrel Mob pendant plus de 8 ans, le photographe néozélandais Jono Rotman publie aux éditions Here Press Mongrelism, le résultat d’une impressionnante recherche autour du célèbre gang. En détournant le genre de l’enquête ethnographique, il réalise près de 200 portraits de ces guerriers aux visages tatoués arborant fièrement leurs emblèmes, des portraits d’une terrifiante intimité. Rassemblant 152 reproductions et complété par des archives et des entretiens, l’ouvrage réalisé grâce au Prix du Livre Images Vevey témoigne de la richesse de cette sous-culture marginalisée. Ce magnifique ouvrage de 300 pages tiré à 1500 exemplaires, dont le projet a suscité la polémique en Nouvelle-Zélande – certains accusant le photographe de rendre le mal esthétique -, est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Here Press (il ne reste que quelques exemplaires).

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PAUL REAS – FABLES OF FAUBUS

Fables of Faubus est la première monographie rétrospective du travail du photographe documentaire britannique Paul Reas, couvrant une période de 30 ans et présentant des œuvres inédites. Reas fait partie de la génération pionnière de photographes, comme Paul Graham, Martin Parr et Anna Fox, qui ont révélé et critiqué la classe et la culture britanniques dans les années 80 et 90. Fortement influencé par son éducation ouvrière à Bradford, il s’est servi de l’humour et de l’observation aiguisée pour commenter un nouveau monde corporatif et commercial incarné par les nouveaux sites du patrimoine, les centres commerciaux et les supermarchés. Publié par les éditions britanniques Gost Books, le livre ausculte ainsi les mutations socio-économiques qui ont affecté la classe ouvrière britannique de 1982 à 2012, entre déclin de l’industrie minière et essor de la distribution de masse. Plusieurs séries de travaux sont présentées, dont “Industry” (1982) et “Penrhys Estate” (1984) sur le quotidien des mineurs du Pays de Galles. “The Valleys Project” (1985) décrit quant à lui l’impact du déclin des industries de l’acier et du charbon et l’émergence des industries de nouvelles technologies. “I Can Help” (1988), le premier projet en couleur de Reas, illustre de façon acerbe l’augmentation des dépenses de consommation et le développement de nouveaux centres commerciaux, situés en périphérie des villes – les nouvelles cathédrales de la consommation. Une autre vision de la Grande-Bretagne est présentée dans “Flogging a Dead Horse” (1993), qui montre l’essor de l’industrie du patrimoine, avec ses musées industriels et ses maisons de campagne thématiques qui offrent à un pays à la dérive de l’industrie et de l’empire un nouveau sentiment de lieu et d’identité. Le passé recréé par ces attractions touristiques dissimule de nombreuses contradictions pour créer une version fictive et romantique du passé. Sa série la plus récente, “From a Distance” (2012) documente l’essor actuel de la promotion immobilière et les changements auxquels est confrontée la classe ouvrière traditionnelle. Ce magnifique ouvrage de 240 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Gost Books, ainsi que sur Amazon.com.

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YAN WANG PRESTON – MOTHER RIVER

Yan Wang Preston, photographe d’origine chinoise a réalisé plusieurs voyages dans son pays natal, de 2010 à 2014, dans le but de photographier le Yang-Tzé, le plus long fleuve d’Asie. Considérée comme la « rivière mère » de la Chine, elle est souvent représentée par des lieux emblématiques, et c’est cette image conventionnelle qu’a souhaitée bousculer la photographe. Ce projet des plus ambitieux vise à représenter la Chine contemporaine. À l’aide d’un appareil photo grand format, la photographe a pris des clichés le long des 6 211 kilomètres du fleuve, par intervalle de 100 kilomètres, appelés points Y. Yan Wang Preston a dû surpasser de nombreuses difficultés physiques, logistiques, émotionnelles et artistiques pour produire ce récit de la Chine contemporaine – de ses campagnes à l’ouest jusqu’à ses métropoles à l’est. Son travail ne donne pas à voir de paysage pittoresque ou d’apparition du sublime. C’est une collection de territoires banals et aléatoires qui n’ont jamais – ou très peu – été photographiés jusqu’alors. Publié par les éditions allemandes Hatje Cantz, Mother River relate l’histoire de la Chine dans toute sa largeur, et démontre qu’à une époque où la cartographie par satellite et les images abondent, il est encore possible d’obtenir de nouvelles perspectives en réalisant une cartographie ambitieuse, physique et personnelle. Le livre de 160 pages, accompagné d’une carte qui référence tous les points Y, contient une préface de Jem Southam, photographe paysagiste très respecté, et deux essais approfondis du professeur de culture photographique Liz Wells, de l’Université de Plymouth, et du Dr Michael Pritchard, PDG de la Royal Photographic Society. Édité à 1500 exemplaires, Mother River est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Hatje Cantz, ainsi que sur Amazon.com.

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