Voici quelques clichés de la 22ème édition du salon Paris Photo, qui se tenait la semaine dernière, et qui a connu un nouveau record d’affluence et de ventes. Près de 200 exposants, provenant d’une trentaine de pays, étaient à l’honneur sous la nef du Grand Palais où elles présentaient œuvres historiques et travaux contemporains. Se sont joints à elles une trentaine d’éditeurs internationaux offrant un panorama complet du médium photographique.
Lukasz Rusznica est un photographe et commissaire d’expositions polonais. Il est diplômé en études culturelles de l’Université de Wroclaw. Invité il y a peu au Japon dans le cadre de l’initiative European Eyes on Japan, Rusznica a choisi les esprits et autres créatures surnaturelles comme guides pour l’aider à cartographier un nouveau territoire. À la fois découverte et quête initiatique, Subterranean River s’impose comme une plongée dans l’être, dépassant la simple conquête physique du corps sur l’espace. C’est face à l’évolution croissante des sociétés, à l’imprévisibilité et à la dépendance aux nouvelles technologies que la spiritualité populaire devient chez Lukasz Rusznica le lieu d’une spiritualité du vécu et de l’expérience, réactivant l’élément divin du commun. « En voyageant au Japon, explique le photographe, je n’avais qu’une certitude: je voulais faire des photos basées sur la mythologie japonaise, photographier le Yokai, les esprits et les démons issus du folklore nippon. La photographie fût la conséquence de mon travail dans un nouvel environnement; c’était le bout du processus de rencontre des gens et de construction de relations; c’est certainement pour cela que tant d’images (et les plus intimes en particulier) sont des photos de mes amis ou des personnes qui m’ont fait confiance, de personnes pleines d’humanité. » Publié dans une édition très limitée (500 exemplaires) par la jeune maison britannique Palm Studios, ce livre au graphisme soigné est aussi particulièrement beau et réussi dans sa forme. Il est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Palm Studios et dans les meilleures librairies.
Guillotine s’est récemment entretenu avec la talentueuse photographe brésilienne Mona Kuhn. Internationalement reconnue pour ses portraits créant un dialogue entre le corps humain et son environnement, Kuhn élargit depuis quelques années son champ d’intérêt et projette son regard vers le désert, avec sa flore et sa lumière intense produisant toutes sortes de réflexions et de transparences, la conduisant pour la première fois vers la photographie abstraite. L’artiste revient pour nous sur son parcours, ses inspirations, ses passions, ses récents ouvrages et expositions immersives, ainsi que ses futurs projets. Mona Khun sera présente au Jeu de Paume (1 Place de la Concorde, 75008 Paris) le samedi 10 novembre 2018, pour une séance de dédicaces organisée par Stanley / Barker. La Flowers Gallery (UK) présentera quant à elle des images de cette série durant ParisPhoto (du 7 au 11 novembre 2018).
Mona Kuhn est bien connue pour ses photographies de nus à grande échelle, avec une lumière très douce, créant une atmosphère singulière de songe, et plus récemment pour ses clichés abstraits. Bushes & Succulents, son sixième ouvrage, publié par les éditions britanniques Stanley / Barker, est une célébration de l’essence féminine – confiante, brute et élégante, et pourtant conflictuelle et sans complexe. La série aborde le droit des femmes à exprimer leur sexualité d’une manière à la fois ludique et provocante. S’inspirant des célèbres peintures florales de Georgia O’Keefe, la photographe brésilienne joue avec nos sens dans ses clichés abstraits de plantes succulentes: nos yeux errent autour des lignes gracieuses, ne sachant pas exactement ce que nous regardons. Les images prennent une dimension poétique et le sexe féminin y devient un corps imagé. Les succulentes, plantes charnues adaptées pour survivre dans des milieux arides, semblent être la métaphore idéale du sexe féminin. Le processus de solarisation utilisé sur les photos intimes de corps féminins révèle les imperfections humaines, non seulement dans l’éclat métallique de la peau, mais il fait aussi remonter à la surface les luttes, les forces et le pouvoir de la femme. « Ce projet fait écho à mon adoration et à ma curiosité enfantine pour ce que c’est que d’être une femme, explique Mona Kuhn. Mon intention n’est pas d’objectiver le corps, mais de célébrer le corps féminin et son essence. » Le livre de 128 pages, publié dans une édition limitée à 1000 exemplaires, est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Stanley / Barker, ainsi que dans les meilleures librairies. Mona Khun sera présente au Jeu de Paume (1 Place de la Concorde, 75008 Paris) le samedi 10 novembre 2018, pour une séance de dédicaces organisée par Stanley / Barker. La Flowers Gallery (UK) présentera quant à elle des images de cette série durant ParisPhoto (du 7 au 11 novembre 2018).
Sorti pour la première fois en 2015 en auto-publication, le livre Metropole de Lewis Bush ressort aujourd’hui grâce aux éditions Overlapse. Le jeune photographe britannique y présente un formidable document sur le déracinement brutal des fondations londoniennes aux mains de promoteurs privés, au profit d’investisseurs fortunés et de lointains spéculateurs immobiliers. Dans le sillage d’un développement haut de gamme de plus en plus agressif, les logements abordables ont pratiquement disparu et les habitants de Londres sont forcés de s’éloigner toujours plus du centre-ville. Photographié au cours de dizaines de nuits d’hiver passées à errer dans la ville en pleine mutation, Metropole retrace les effets vertigineux d’un afflux de capitaux sur Londres. Bush expérimente avec des images sombres en noir et blanc, et avec des mises au point décalées et des expositions multiples. On y aperçoit les charpentes des tours résidentielles de luxe en pleine construction, et un entrelacement de grues, de bureaux modernes et de logements encore inhabités. Cet enchevêtrement proliférant reflète l’ampleur menaçante de l’altération dans la ville. Dans cette vision dystopique du développement urbain forcené de Londres, la perspective et l’orientation sont perdues dans le processus, imitant le sentiment de désarroi et d’expropriation que ressentent aujourd’hui de nombreux Londoniens. Ce très beau livre de 160 pages, à la construction originale (reliure suisse avec fil orange apparent, papiers différents, feuille d’argent sur la couverture, 12 inserts), est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions britanniques Overlapse.
Martin Parr n’hésite pas à qualifier Tom Wood de « génie méconnu de la photographie britannique ». Irlandais de naissance, Wood a longtemps vécu à Liverpool où il a « photographié la vie ». C’est un photographe des gens: étrangers, amis, famille; ces gens de tous âges dont il capture l’image individuellement, par paire ou en petits groupes, en les faisant poser ou non. Avec Parr et Chris Killip, il a contribué au développement de la photographie sociale en Angleterre dans le sillage de la révolte punk et des années Thatcher. Les éditions britanniques Stanley / Barker publient aujourd’hui Women’s Market, le nouvel ouvrage du photographe. De 1978 à 1999, Wood passe tous ses samedi matins au marché de Great Homer Street, suffisamment éloigné du centre de Liverpool, dans le nord de l’Angleterre, pour avoir sa propre identité, unique et plus détendue. Accompagné de son Leica et de films périmés, Wood y réalise des photos pleines de vie des chalands rencontrés sur le marché, à la recherche de la bonne affaire, entre amis ou en famille. « J’ai découvert le marché de Great Homer Street en 1975, grâce à une amie dont la famille habitait à Dingle (Liverpool), explique Tom Wood. À cette époque, je fis l’acquisition de deux costumes trois pièces Worsted à vestes croisées, et un costume rayé à trois épingles boutonnées avec revers, pour un total de quatre livres. Je me suis dit : « Quel marché formidable! » C’était un grand marché, s’étendant des deux côtés de la rue, mais quand j’ai commencé à y photographier, la partie des vêtements d’occasion avait pratiquement disparu. Pourtant, le marché était toujours bondé par les mêmes mères et filles qui, depuis des générations, fréquentaient « Greatie » ». Qu’ils soient en noir et blanc ou en couleur, les clichés de Tom Wood, authentiques et plein de spontanéité, transforment de simples moments de vie en moments de poésie où transparaît la beauté de la nature humaine. Le livre de 104 pages, au design particulièrement original et soigné (signé Tamara Shopsin and The Entente), est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Stanley / Barker. Tom Wood sera présent au Jeu de Paume (1 Place de la Concorde, 75008 Paris) le samedi 10 novembre 2018, pour une séance de dédicaces organisée par Stanley / Barker.
Crossings, la nouvelle Square Print Sale présentée par Magnum Photos et la Fondation Aperture se tient du lundi 29 octobre 15h au vendredi 2 novembre minuit. Cette dernière explore les perspectives sur la transition et la transformation dans la photographie. Crossings englobe les passages physiques d’un côté à l’autre (une route, une rivière, une frontière, un océan) et les passages personnels qui se manifestent par la croissance, la révolte, la mutation, la réalisation de soi et les voyages de l’esprit. Les tirages, 15,2×15,2cm, de qualité muséale, signés ou tamponnés par l’estate, sont en vente pour 5 jours seulement, à $100 sur le site shop.magnumphotos.com.
Txema Salvans, est un photographe espagnol né en 1971 à Barcelone. Il a choisi la photographie «car, selon lui, c’est le moyen le plus intense d’observer et d’expérimenter la vie quotidienne». Son travail évolue peu à peu de la surprise et de l’ironie à une forme de maturité où l’interaction avec ses personnages devient essentielle, et lui qui se définit comme résolument optimiste aime ce rôle social que lui permet la photographie. Les éditions Editorial RM publie aujourd’hui The Waiting Game II, la suite du projet avec lequel Txema Salvans a remporté le concours Fotolibro RM 2012. Ce livre comprend également 41 images prises entre 2010 et 2017 dans lesquelles sont présentées, une fois de plus, une série de paysages désolés, semi-industriels mais néanmoins habités, le long de la côte méditerranéenne espagnole. Si dans le premier ouvrage les personnages qui apparaissent dans les images sont toujours des prostituées, les protagonistes de The Waiting Game II sont des pêcheurs de marais, de réservoirs ou de ports. Des gens, en somme, dotés d’une résilience infinie qui ne cherchent qu’à échapper à leur vie quotidienne. Les scènes des deux livres, toutes les attentes, partagent le même espace géographique. Lumière, distance et instantanéité unissent les deux projets, et si le premier livre était apparemment un travail sur la prostitution, ce second volume ajoute de la complexité et offre une réflexion personnelle sur la notion universelle d’attente. Ce très beau livre de 96 pages, avec des essais de Gabi Martinez et David Campany, est maintenant disponible sur la boutique en ligne d’Editorial RM, ainsi que sur Amazon.com.
Les photographies d’Alec Soth puisent leur racine dans la tradition de Walker Evans, Robert Frank et Stephen Shore. Sa représentation du quotidien fait apparaître la complexité d’une société américaine construite sur des idéaux d’indépendance, de liberté, de spiritualité, et d’individualisme. Après le succès de sa première monographie Sleeping by the Mississippi (voir notre article ici), acclamée par la critique, le photographe américain s’est tourné vers un autre plan d’eau emblématique, Niagara Falls. Comme pour ses photographies du Mississippi, celles sur le Niagara évoquent moins les merveilles de la nature que la complexité des désirs humains. «Je suis allé à Niagara pour les mêmes raisons que les jeunes mariés et les suicidaires, explique Soth. Le tonnerre implacable des Chutes suscite de grandes passions.» Ces photographies, prises pendant une période de deux ans du côté américain et canadien des chutes, à l’aide d’un appareil photo grand format 8×10, sont minutieusement composées et richement détaillées. Alec Soth s’attaque tout autant à un monument du paysage américain qu’à la destination emblématique de la lune de miel pour des générations d’amoureux. Aux paysages grandioses des chutes, il associe des portraits de couples et des vues de parkings de motels. On y voit des couples enlacés, à moitié nus, des alliances de prêteurs sur gages, des parkings, coins de rues et autres lieux déserts, que rendent encore plus poignants les lettres d’amour, maladroitement écrites par certains de ces couples, qui parsèment l’ouvrage. «J’ai trouvé, en travaillant sur la série Niagara qu’elle parlait en fait d’un nouvel amour et d’une nouvelle romance. Cette chute d’eau puissante et destructrice, un lieu qui attire les suicidaires, pourquoi l’utilisons-nous comme métaphore pour les amours nouvelles ? Il y a aussi un rapport avec le film Niagara avec Marilyn Monroe. Elle joue une nouvelle mariée et essaie de tuer son époux qui lui est infidèle. Ces thèmes sont présents dans ma série, donc il y a un rapport avec le risque et le danger. Je crois que l’amour neuf est dangereux et décevant.» La passion et la désillusion sont omniprésents dans le Niagara de Soth, qui offre un portrait saisissant de l’amour moderne et de ses conséquences. Publié pour la première fois en 2008, cette nouvelle édition réalisée par les éditions britanniques Mack est maintenant disponible sur leur boutique en ligne, ainsi que sur Amazon.com.
En 2015 sortait Animals, « livre-pulsion » du photographe français Ken Tosa, obsessionnel et sous certains aspects violent, mais un projet construit sur plusieurs années, qui montre de la manière la plus crue la vie de prostituées dont la rue est le seul lieu de travail… et c’est là une autre forme de violence. La maison d’édition bordelaise Lieutenant Willsdorf publie aujourd’hui Animals: Alternate Take, une version entièrement revisitée de son premier ouvrage. Le livre de 168 pages est une chasse, une traque obsessionnelle et perverse de corps faite par un artiste borderline et inclassable… voire infréquentable. Il photographie les prostituées et les femmes à l’aide d’une caméra cachée sensible aux infrarouges qu’il a bricolée lui même à la façon d’un Miroslav Tichý. L’artiste n’est pas un pervers (pas plus qu’un autre) même s’il a, en apparence, tout du Peeping Tom de Michael Powell. Il ne fait qu’interroger à travers le prisme artistique la sexualité animale – et le voyeurisme, la chasse dans les bars ou les boîtes de nuit et les rondes des clients à la recherche d’une prostituée en sont ses expressions les plus évidentes. Il n’apporte pas de réponses. Il montre, interroge, exploite et essaye d’en tirer quelque chose. Une ambiance, une atmosphère de cinéma, un polar. Une sorte de gonzo photographique à la sauce Mondo Cane. Seulement au-delà de ce concept et à bien y regarder, son travail ne se limite pas à ça, car il interroge peut être plus encore la photographie même et la déontologie de l’acte… le statut de l’image et le droit à l’image. Avec le développement des technologies, les caméras miniatures omniprésentes dans les téléphones, les lunettes et même les montres, les GoPros, les caméras de surveillance partout, l’avalanche d’images sur le net… ce statut est bouleversé et les notions de privé et de consentement sont complètement dépassées. On peut vivre une infinité de vies, se confronter à tous les points de vues, tous les instincts. C’est désormais possible et ça ne fait que commencer. Animals: Alternate Take est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Lieutenant Willsdorf.
Dawoud Bey est un photographe et vidéaste américain renommé pour ses portraits en couleur à grande échelle d’adolescents et d’autres sujets souvent marginalisés, qui apportent un certain degré de complexité à ces personnes parfois stéréotypées et à leurs communautés. Bey a créé un corpus photographique qui représente de façon magistrale l’expérience américaine contemporaine dans ses propres termes et dans toute sa diversité. Publié par les éditions University of Texas Press, Seeing Deeply offre une rétrospective de quarante ans de l’œuvre du célèbre photographe, de ses premières images de rue à Harlem à ses photographies plus récentes qui témoignent de la gentrification de Harlem. Une introduction de la chercheuse et conservatrice Sarah Lewis et des essais d’historiens de l’art, de chercheurs et d’éducateurs de renom, dont Hilton Als, Maurice Berger, Jacqueline Terrassa, David Travis, Leigh Raiford et Deborah Willis, examinent l’évolution de la carrière artistique de Dawoud Bey. On retrouve également dans le livre une chronologie illustrée documentant la diversité de la communauté artistique new-yorkaise dans les années 1970 et 1980, et qui place son travail dans le contexte de cette communauté. De ses premiers clichés 35mm de Harlem dans les années 1970, à Class Pictures, une série de portraits en couleur d’élèves du secondaire à travers les États-Unis, accompagnés de textes, réalisée sur une période de cinq ans, et plus récemment, The Birmingham Project et Harlem Redux, Bey a créé une vibrante représentation de ses sujets, brisant les stéréotypes souvent véhiculés par les grands médias. L’imposant ouvrage de 400 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions University of Texas Press, ainsi que sur Amazon.com.
Au cours de quatorze voyages entre 1993 et 2010, Harvey Stein photographie le Mexique, principalement dans de petites villes et villages, et surtout lors de festivals (Jour des Morts, Pâques, Jour de l’Indépendance) qui mettent en évidence la relation unique du pays avec la mort, le mythe, le rituel et la religion. Publié par les éditions allemandes Kehrer, Mexico – Between Life and Death dévoile la relation intime de Stein avec le peuple et la culture du Mexique. Les images présentent des fragments de ce qu’est le Mexique, un pays aux contrastes et contradictions incroyables. Le Mexique, c’est la lumière perçante et l’ombre profonde, l’immobilité et la vivacité, la tradition omniprésente et le progrès rampant, les grandes croyances religieuses, mais la corruption comme mode de vie. C’est une terre de rituels et de légendes, de vie trépidante et de squelettes dansants, un pays voisin des États-Unis mais à la fois si lointain, avec plus de 50 % de sa population âgée de moins de 20 ans, mais où la vieillesse est vénérée. À travers ses photographies magistrales, Harvey Stein explore ces contradictions saisissantes. “Je pars en errance, explique le photographe américain, je photographie dans un pays souvent étrange. J’entends des mots inconnus, je vois des choses que je ne comprends pas, je regarde les actes de bonté et de violence, je sens de nouvelles odeurs et je goûte de nouveaux aliments, découvre des rues pavées inconnues. Je réagis et photographie intuitivement. Quand je suis au Mexique, je suis pris de vertige par de nouvelles expériences et libre d’aller n’importe où et de faire n’importe quoi. Le sentiment est infini. Mes limites sont ma seule contrainte.“ Ce très bel ouvrage de 176 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Kehrer, ainsi que sur Amazon.com.