Category Archives: Art

DONALD BAECHLER – EARLY WORK 1980 TO 1984

donald baechler

Donald Baechler est né à Hartford (Connecticut) en 1956, il vit et travaille à New York. Il a su créer, avec intelligence et humour, un langage métaphorique issu de la culture populaire, ce qui lui vaut la réputation d’artiste Pop de deuxième génération depuis le début des années 80. « Je m’intéresse à des objets discrets et sourds. Je n’ai jamais été intéressé par le narratif ou la psychologie ou par toutes les interprétations que les gens prêtent à la variation subtile de mes peintures et de mes sculptures”. En effet, il y a une vingtaine d’années, Baechler commença, dans un effort de réapprentissage du dessin, à élaborer un vocabulaire naïf, composé de lignes et de formes. Son abécédaire puise ses sources dans le monde de l’imagerie des enfants, des artistes naïfs et des handicapés mentaux, faisant souvent référence à Dubuffet. Issu d’une génération qui a hérité de la rigueur minimaliste et conceptuelle des années 1970, Donald Baechler a intégré dans ses travaux ce qui était devenu tabou comme la figure humaine ou l’objet trivial du quotidien. À l’occasion de l’exposition Early Work 1980 to 1984 organisée par Cheim & Read en fin d’année dernière, la galerie new-yorkaise publie un très beau catalogue présentant les premières peintures et collages sur papier de l’artiste américain. Toutes ses œuvres illustrent l’intérêt et la maîtrise de Baechler dans la relation entre l’iconographie personnelle et universelle, le geste pictural et la ligne graphique, le premier plan et l’arrière-plan. Ces premiers travaux sont de puissants symboles de l’absurdité, de l’humour et de la tristesse qui jalonnent la vie quotidienne. L’ouvrage de 128 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne de la galerie Cheim & Read ainsi que sur Amazon.com.

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ANDERS PETERSEN – CAFE LEHMITZ REVISITED – PARIS

La galerie parisienne Circulation accueille depuis le 4 novembre 2016 une exposition personnelle du photographe suédois Anders Petersen: Café Lehmitz revisited. Le Café Lehmitz était un ancien troquet du port d’Hambourg, fréquenté par les travailleurs du quartier rouge avoisinant. Anders Petersen (ne en 1944 en Suède) le visita pour la première fois en 1962, tissant avec les habitués des liens qui marqueront son existence et sa pratique artistique. En 1968, il s’y rend à nouveau et noue des relations avec les habitués qu’il photographie au quotidien dans l’espace du Café Lehmitz. Conçu comme un huis-clos, « Café Lehmitz » est un chef-d’oeuvre dans lequel l’auteur, immergé dans la vie du troquet et de ses gens ordinaires, s’évertue à maintenir cette « proche distance » (selon le titre d’un ouvrage de Petersen paru en 2002) nécessaire à l’exécution de son travail. Anders Petersen revisite ‘Cafe? Lehmitz’ pour cette nouvelle exposition et pre?sente une se?lection ine?dite de photographies issues de ce travail majeur. Jusqu’au 23 décembre 2016.

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OLAF BREUNING – OLAF BREUNING

olaf breuning

La jeune maison d’édition californienne Silent Sound vient de publier une nouvelle monographie de l’artiste multidisciplinaire Olaf Breuning. Né en 1970 à Schaffhouse (Suisse), Olaf Breuning vit et travaille à New York. Son œuvre hétéroclite – installations, films, photographies, dessins – puise dans les codes visuels de la culture populaire, des clips vidéo, de la publicité, des films de série Z (Breuning cite parmi ses influences des cinéastes tels que John Carpenter ou John Waters, aussi bien que Doug Aitken ou les premiers travaux de Matthew Barney) pour inventer une esthétique hybride dans laquelle l’étrange se mêle à l’humour, abolissant les frontières entre culture d’élite et culture populaire, brouillant les limites entre réalité et fiction et jouant avec la perception saturée d’informations visuelles du spectateur aujourd’hui. Cette nouvelle publication se compose de clichés réalisés par l’artiste entre la fin des années 90 et le début des années 2000, combinant, entre mémoire et rêves éveillés, dérision et fantasme, références aux médias, à la culture populaire et à la société de consommation. À travers ses photos, le plasticien suisse détourne les codes visuels de notre époque dans un mélange de sarcasme et de subversion. Testant les limites de l’humour et de l’esthétique contemporaine, l’œuvre de Breuning est à la fois drôle et provocante, absurde et étrange, tragique et fragile. Elle émet une critique ironique des clichés et ornements de notre époque. Produit en édition limitée à 500 exemplaires, Olaf Breuning est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Silent Sound.

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ATTILIO SOLZI – DOLLHOUSE

dollhouse

Après la sortie des très beaux ouvrages Animals et Moso (voir ici), la jeune maison d’édition bordelaise Lieutenant Willsdorff continue d’explorer les marges de la sexualité et signe une fois de plus un titre splendide avec Dollhouse, la nouvelle monographie du photographe italien Attilio Solzi. Au début des années 2000, le quartier autour de la via Sammartini à Milan et le district de San Berillo à Catane étaient le repère de la petite délinquance et le théâtre de crimes en tous genres. C’est aussi dans ces quartiers que travaillaient les deux principaux groupes de prostituées transgenre d’Italie (brésiliens à Milan et italiens à Catane). Attilio Solzi les a photographiées dans leur intimité. Dollhouse dévoile avec tendresse ces portraits d’hommes à mi-chemin entre femmes et divas. Si dans son précédent livre, Taedium, le photographe s’engageait dans l’expérimentation artistique avec de nombreux collages manuels et l’utilisation de textes, cette nouvelle publication marque un retour à la photographie documentaire et au reportage d’immersion. Loin des clichés sur la prostitution et les travailleurs du sexe transgenres, Attilio Solzi a su se rapprocher au plus près de ses sujets pour nous faire découvrir le quotidien de ces personnes en marge de la société. On y découvre des moments de joie et de tristesse, de quiétude et d’incertitude. Très réussi (mise en page, impression offset), ce livre de 120 pages et édité à 500 exemplaires est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions Lieutenant Willsdorff.

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JOEL MEYEROWITZ – TAKING MY TIME – PARIS

Joel Meyerowitz

La galerie Polka présente depuis le 5 novembre le premier volet de Taking My Time, un cycle rétrospectif en deux tableaux consacré cet hiver au grand photographe américain Joel Meyerowitz. Autobiographique et méditative, l’exposition plonge dans la mémoire d’un artiste spectateur et comédien qui a traversé les chapitres et les spécialités de l’histoire récente de la photographie. Du snapshot au tableau et de la street photography au paysage en passant par le portrait, Taking My Time raconte cette aventure. La première partie du voyage, présentée jusqu’au 21 décembre, se concentre sur les travaux précurseurs de l’artiste, de l’aube des années 60 au milieu des années 70. Une série d’images fondatrices, en couleur et en noir et blanc, qui déjà présagent de la suite en racontant Meyerowitz avant Meyerowitz. A 25 ans, en 1962, l’américain croise par hasard — alors jeune directeur artistique dans une agence de publicité — un certain Robert Frank sur un shooting. Fasciné par sa danse serpentueuse il dira: « Je ne savais pas qu’on pouvait bouger à ce point et photographier en même temps. »

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ROGER BALLEN – THE THEATRE OF APPARITIONS

roger ballen

Roger Ballen est surtout connu pour ses images psychologiquement puissantes et superposées à la frontière entre la peinture, le dessin, l’installation et la photographie. The Theatre of Apparitions, nouvel monographie de l’artiste sud-africain d’origine américaine publié par Thames & Hudson, est à la fois un éloignement de son œuvre existante et le point culminant de son esthétique unique reliant l’image et la représentation théâtrale. Séparées en sept chapitres ou «actes», chacun introduit par un texte écrit par le photographe, ces images «Ballenesque» amènent le lecteur à faire un profond voyage dans le subconscient. Photographe obscure et troublant, Roger Ballen s’inspire de l’ambiance noire des prisons pour femmes abandonnées, où le spectre des personnes emprisonnées réside toujours. Il s’inspire plus précisément des fenêtres sales et noircies pour réaliser des personnages fantomatiques et tourmentés, en grattant du verre peint en noir. Les images ainsi créées ressemblent à des peintures rupestres préhistoriques: les espaces noirs et sans dimension sur le verre sont des toiles sur lesquelles Ballen sculpte ses pensées et ses émotions. Des formes faciales ressemblant à des fossiles et des parties de corps démembrés coexistent inconfortablement avec des ombres vaporeuses et fantomatiques. Ces images ont la capacité de choquer, d’inspirer, d’amuser et même d’émerveiller le spectateur. Intemporelle et novatrice, terrestre et d’autre monde, physique et spirituelle, cette nouvelle œuvre de Roger Ballen transcende tous les concepts traditionnels de la photographie. L’ouvrage de 192 pages est maintenant disponible sur la boutique en ligne des éditions britanniques Thames & Hudson, ainsi que sur Amazon.com.

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MARK COHEN – MEXICO

Mark Cohen

Mark Cohen est le photographe de rue par excellence. Né en Pennsylvanie en 1943, ce dernier utilise depuis les années 60 une approche agressive dans laquelle il se rapproche au plus près des passants, appareil photo dans la main, flash dans l’autre, et prend son cliché avant qu’ils ne soient conscients d’être photographié. Ses images, d’apparence austère, sont prises dans les rues de Wilkes-Barre et d’autres villes de la classe ouvrière de Pennsylvanie. Elles capturent des moments, des gestes, et des émotions qui, parce qu’ils pourraient être invisibles aux sensibilités des autres, témoignent de la perception innée supérieure de Cohen, son don visuel à la fois précis, intelligent et subtil. Son œuvre a reçu une reconnaissance précoce, avec une exposition personnelle au Musée d’Art Moderne de la ville de New York dès 1973, alors qu’il n’avait que trente ans. Les critiques à son égard n’ont depuis cessé d’être élogieuses. Aujourd’hui, le travail de Cohen est exposé dans plus de trente collections internationales de premier plan, allant du Metropolitan Museum à New York au Metropolitan Museum of Photography de Tokyo. Entre 1981 et 2003, Mark Cohen effectue plusieurs voyages au Mexique. Séduit par cet endroit qu’il qualifie de « surréaliste », il promène son appareil photo, sans aucune intention anthropologique ou sociale, dans les rues de Mexico, Merida et Oaxaca. En l’espace de quelques fractions de seconde, Mark Cohen s’approche très près de ses sujets et les prend au vol parfois éblouis par la lumière artificielle du flash. Ses clichés, en noir et blanc, pris à bout de bras, la plupart du temps sans viser, prélèvent des fragments de gestes, de postures ou de corps. Il se dégage de ces images une énergie nerveuse et une étrangeté du quotidien. Publié par les Éditions Xavier Barral en collaboration avec University of Texas Press et avec le soutien du fonds de dotation Agnès b., l’ouvrage de 216 pages est maintenant disponible sur les boutiques en ligne d’EXB, d’UT Press, ainsi que sur Amazon.com.

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ANTOINE D’AGATA – ATLAS – PARIS

La galerie Les Filles du Calvaires (Paris) présente depuis le 27 octobre dernier Atlas, qui réunit les tous derniers travaux d’Antoine d’Agata. Cette nouvelle exposition personnelle du photographe français est d’abord un voyage, l’enregistrement des obsessions et des expériences sensorielles de l’artiste. De continents en continents, Antoine d’Agata documente ainsi une histoire anxiogène et trouble, celle des prostituées rencontrées et des lieux visités. Il extrait de ses nuits « ses réalités sombres » et la « satisfaction destructrice du désir ». Jusqu’au 26 novembre 2016.

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STEFAN GRONERT – JEFF WALL – SPECIFIC PICTURES

Le photographe canadien Jeff Wall (né à Vancouver en 1946) est considéré comme l’un des artistes les plus influents de notre époque. Son œuvre se concentre essentiellement sur la création de fascinants tableaux photographiques grand format, représentant des scènes de la vie quotidienne énigmatiques, montées de toute pièce par le photographe et qui, au premier abord, semblent généralement candides. Cette « forme-tableau », à la fois cinématographique et presque documentaire (« Near Documentary »), signe pourtant les constructions exigeantes de Wall. Très souvent proposées sous la forme de caissons lumineux qui créèrent en partie sa légende, ses compositions font aussi l’objet de tirages encadrés sous verre, et ce, depuis près de vingt ans. L’utilisation de ces caissons lumineux, qu’il emprunte à l’univers de la publicité, est l’une des grandes innovations du photographe. Ces derniers lui permettent de mettre en valeur ses diapositives couleur grand format en illuminant ses images, avec une lueur et un éclairage encore plus intense qu’un écran de cinéma. Grand connaisseur de l’histoire des arts et de la littérature, il lui a fallu, à ses débuts, prendre ses distances avec la tradition de la photographie créative, pour pouvoir se situer à nouveau comme photographe. Il a ainsi pu comprendre comment théâtre et cinéma, et pas seulement quelques grands textes littéraires, étaient constitutifs de sa recherche. À l’heure où il est probablement l’un des artistes les plus sérieux de notre époque, parmi les plus recherchés, et dont le pouvoir enchanteur n’est plus à démontrer, Jeff Wall fait preuve d’une grande liberté de création, et toutes ses œuvres continuent de fasciner les historiens et critiques d’art. Dans ce nouvel ouvrage intitulé Specific Pictures, publié par les éditions allemandes Schirmer/Mosel, Stefan Gronert, historien de l’art et conservateur pour l’art contemporain au Kunstmuseum Bonn, analyse les multiples niveaux de références à l’histoire de la peinture que Jeff Wall, lui-même historien de l’art, intègre dans son œuvre. À travers l’étude de 17 œuvres majeures de l’artiste, allant de la fin des années 70 à nos jours, Gronert retrace les stratégies complexes d’appropriation et de réinterprétation de tableaux célèbres de l’histoire de l’art par Jeff Wall, dans ses clichés à l’esthétique intemporellement contemporaine. Les essais de l’auteur sont complétés par un entretien original qu’il a mené avec le photographe pour le livre. Dans ce dernier, Jeff Wall revient longuement sur son univers imaginaire et son processus de travail «cinématographique». L’ouvrage de 128 pages est maintenant disponible sur Amazon.com.

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PROVOKE @ LE BAL – PARIS

Première exposition consacrée à la revue japonaise culte qui a bouleversé l’histoire de la photographie, Provoke, entre contestation et performance, propose une analyse transversale de Provoke, de ses artistes, de son contexte historique et de ses liens avec l’émergence des arts performatifs au Japon dans les années 1960. Manifeste à la fois esthétique et philosophique, Provoke a opéré une rupture radicale en seulement trois numéros, publiés en 1968 et 1969. Avec Provoke, les photographes Takuma Nakahira, Yutaka Takanashi et Daido Moriyama, le critique Koji Taki et le poète Takahiko Okada, imposent un nouveau langage visuel, « rough, grainy and blurred » (brut, flou et granuleux), à même de capter la complexité de l’expérience vécue par chacun et les paradoxes de la modernité subis par tous. Parallèlement à l’essor fulgurant d’une société de consommation sur le modèle occidental, le pays traverse pendant dix ans (de 1960 à 1970) une crise identitaire majeure qui se déploie sur de multiples fronts : bases militaires américaines à Okinawa, bataille contre la construction de l’aéroport de Narita, occupation des universités par les étudiants… L’exposition Provoke, entre contestation et performance rassemble une collection inédite de « Protest Books » édités par des associations d’étudiants, des syndicats, des photojournalistes professionnels et des artistes photographes, des œuvres et performances de collectifs d’artistes qui ont marqué cette période, des interviews avec Daido Moriyama, Nobuyoshi Araki et Eikoh Hosoe, ainsi que plusieurs textes inédits d’historiens et chercheurs japonais, américains et européens. Le catalogue publié à cette occasion par Le BAL et Stedil est disponible sur la boutique en ligne des éditions Le BAL. Jusqu’au 11 décembre à la galerie Le BAL, à Paris.

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CRISTINA DE MIDDEL – THIS IS WHAT HATRED DID

cristina de middel

Guidée par le livre My Life in the Bush of Ghosts (1964) de l´écrivain nigérian Amos Tutuola, la photographe espagnole Cristina de Middel a découvert le quartier lacustre de Makoko, à Lagos, au Nigeria. Elle y a réalisé une série de clichés – transposition visuelle du livre – recréant le monde onirique de la brousse, peuplé de mystérieux personnages. L’histoire de Tutuola est celle d’un garçon originaire d’Afrique de l’Ouest, abandonné avec son frère aîné par sa famille, qui entre à son insu dans la contrée magique, surréaliste et périlleuse qu’est la brousse. Makoko est décrit comme « un endroit qui semble échapper à toute logique et qui est réservé à ceux qui y vivent. » De Middel explique que c’est « un lieu que beaucoup de photojournalistes ont représenté comme une Afrique stéréotypée ; qui pourrait être l’endroit parfait, qui pourrait être une métaphore de la brousse dans le livre. Je voulais m’intéresser à cet endroit, l’expliquer. » Le texte et les images sont édités avec soin dans un livre-objet original et particulièrement réussi. This Is What Hatred Did, co-édité par Editorial RM et Archive of Modern Conflict (AMC Books), est construit avec les photographies réalisées par Cristina de Middel et le texte (en anglais) de la nouvelle d’Amos Tutuola, non pas l’un après l’autre, mais le premier en-dessous du second, dans la même reliure suisse. La photographe joue avec un récit double offert par le texte et l’image pour jeter une lumière sur la réalité d’un continent. « Ce travail est un jeu, mais c’est un jeu que je ne pouvais pas jouer seule. J’ai eu besoin des gens pour y participer. J’ai été très intéressée par la façon dont la communauté participerait à la fabrication de leurs propres portraits. » Selon elle, bien que l’édition reflète sa subjectivité, le résultat final n’est pas l’image qu’un Occidental se fait du Nigeria. « Mes images incluent les croyances des gens, des rituels, des religions. Elles tentent de comprendre de l’intérieur. » Publié en décembre dernier, l’ouvrage de 176 pages est disponible sur la boutique en ligne des éditions Archive of Modern Conflict (AMC Books).

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