La galerie madrilène Bernal Espacio accueillait le mois dernier la première exposition dédiée à l’œuvre de Vivian Maier (1926-2009): Portrait (self) portrait. Une trentaine de clichés monochromes de l’énigmatique photographe new-yorkaise y étaient présentés.
The Whiteness of the Whale est un nouvel ouvrage du photographe britannique Paul Graham, qui rassemble trois de ses grands projets sur le thème des États-Unis. Ces trois séries photographiques exceptionnelles offrent une réflexion originale sur le tissu social de l’Amérique contemporaine, mais tentent également de se rapprocher de l’expérience d’être et de voir le monde aujourd’hui. American Night (2003) explore la fracture sociale en Amérique, le grand fossé entre riches et pauvres, qui est ici rendue par la dichotomie de la lumière (sa présence et son absence) et des ténèbres. Les images oscillent entre des photographies pratiquement invisibles dans la lumière vive, et des images en couleurs profondément saturées de maisons resplendissantes sous le ciel bleu de la Californie. a shimmer of possibility (2007) se veut quant à lui une épopée américaine du dérisoire et de l’inattendu. D’abord publié sous la forme d’une douzaine de visions photographiques de la vie quotidienne, ce projet se compose de séquences saccadées, formant une sorte de haiku filmique. Ces dernières révèlent le flux de la vie quotidienne en Amérique: on y partage des moments avec des personnes attendant le bus, en train de tondre la gazon, ou de fumer une cigarette. a shimmer of possibility a été lauréat du Prix du Livre Paris Photo en 2011, pour le livre le plus marquant de ces quinze dernières années. Troisième et dernier projet présenté dans le livre, The Present (2011) est quant à lui entièrement réalisé dans les rues de New York et dévoile des séries de deux images d’une même scène, séparées par une simple fraction de seconde. Ici, le présent se révèle être un alignement éphémère et provisoire, entrevu dans le cadre du flux continu de la vie: avant/après, apparaissant/disparaissant, etc. Publié par Mack Books, ce luxueux catalogue de 240 pages, présenté dans une boite en carton rouge et imprimé sur papier blanc naturel, coïncide avec la première exposition personnelle du photographe au Pier 24 de San Francisco. Il comprend des textes originaux de David Chandler et Stanley Wolukau-Wanambwa. Le livre est maintenant disponible en ligne chez Mack Books ainsi que sur Amazon.fr et Amazon.com.
Les éditions Hatje Cantz viennent de publier une nouvelle édition de Contraband, l’un des plus célèbres projets de la photographe américaine Taryn Simon. Ses prises de vues relatent les aspects contradictoires de l’identité américaine tout en exposant les mécanismes cachés de la société. Cette dernière œuvre poursuit sa série antérieure, An American Index of the Hidden and Unfamiliar (2007) qui explorait l’intersection secrète entre le privé et le public. Durant cinq jours en novembre 2009, Simon est restée sur place à l’aéroport International John F. Kennedy, où transitent plus de passagers internationaux que dans n’importe quel autre aéroport des États-Unis. Le rythme exhaustif auquel elle a effectué les prises de vues était équivalent à celui du flux de marchandises en vingt quatre heures, à travers les frontières et les fuseaux horaires. L’ouvrage de 496 pages comprend 1075 photographies d’articles détenus ou saisis aux passagers et de courriers express qui entrent aux États-Unis en provenance de l’étranger. Simon a travaillé intensivement, en utilisant une procédure photographique médico-légale pour documenter une grande variété d’articles interdits, notamment l’agent actif contenu dans le Botox, des vêtements et accessoires contrefaits (y compris des sacs à main de marque), de l’héroïne, des bijoux, du rhum jamaïcain à très forte teneur en alcool, des articles fabriqués à partir d’espèces menacées, des produits pharmaceutiques, des cigares cubains, des organes d’animaux, des DVD piratés, de la poudre d’or, des pistolets, des oignons, du GHB, des chèques de voyage et des stéroïdes illégaux. En cataloguant un volume important de documents en un temps réduit, des modèles se dégagent et révèlent un échantillon complet du commerce international, exposant les désirs et les besoins qui stimulent l’économie internationale ainsi que les économies locales qui les produisent. Simon a photographié chaque article sur un fond gris neutre, ce qui permet d’obtenir un enregistrement scientifique « objectif » dénué de tout contexte. Séparé des effets personnels du passager, chaque article perd ses connotations individuelles particulières et se transforme en une pièce d’un réseau mondial plus étendu. Contraband peut aussi induire le danger et suscite des questions sur ce qui est officiellement considéré comme étant une menace pour l’autorité et la sécurité dans la société américaine contemporaine. Le livre est accompagné d’un texte de Hans Ulrich Obrist, directeur de la galerie Serpentine à Londres et est maintenant disponible chez Hatje Cantz ainsi que sur Amazon.fr et Amazon.com.
Le Musée Guggenheim Bilbao présente depuis le 3 juillet 2015 Jean-Michel Basquiat : Now’s the Time, une exposition pionnière en Europe regroupant une centaine de peintures de grand format et de dessins en provenance de divers musées et collections particulières américaines et européennes. Organisé par l’Art Gallery of Ontario en collaboration avec le Musée Guggenheim Bilbao, cet accrochage, qui bénéficie du généreux mécénat d’Iberdrola, constitue la première analyse thématique de la production de Basquiat. Célèbre dès l’âge de 20 ans pour ses dessins et ses peintures corrosives à contre-courant, Jean-Michel Basquiat (1960–1988) a bouleversé la scène artistique new-yorkaise au début des années quatre-vingt. Il doit sa réputation internationale à des œuvres percutantes et d’une forte expressivité qui abordent des thèmes comme le racisme, la politique ou l’hypocrisie sociale. Bien que sa carrière ait été brutalement interrompue par sa mort prématurée à l’âge de 27 ans, son travail continue à exercer une énorme influence. L’exposition présente une centaine d’œuvres-clés structurées autour des grands thèmes qui ont nourri sa fulgurante carrière, brutalement interrompue par sa mort prématurée à l’âge de 27 ans: La rue comme atelier, Héros et saints, Revendication des histoires, Reflets, Dualités et double identité, Jouer à tricher: dessins et provocations, Basquiat et Warhol: le drôle de couple du monde de l’art et enfin Sampling et scratching – Musique, mots et collage. Jusqu’au 1er novembre 2015.
Après quelques incursions du côté de la photo de mode, Ryan McGinley revient à ses virées entre amis dans les grands espaces américains. Chaque été depuis ses débuts, le photographe a continué à partir en bus avec une trentaine d’amis à travers les États-Unis. Avec ses lumières particulières, la nudité très présente, la série Way Far témoigne de ces moments de communion avec la nature pour cette tribu contemporaine. Publié par Rizzoli, ce nouvel ouvrage du photographe prévu pour le 20 octobre est dès maintenant disponible en pré-commande sur Amazon.fr et Amazon.com.
Le Musée Guggenheim Bilbao a présenté cet été Jeff Koons : la rétrospective, un parcours complet de l’œuvre de l’artiste américain Jeff Koons, une des figures les plus importantes de l’art de notre temps. Cette exposition, organisée par le Musée Whitney de New York en collaboration avec le Musée Guggenheim Bilbao et le Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou de Paris, constitue une rétrospective chronologique et cohérente sur la production de l’artiste. Au cours des quatre dernières décennies, Jeff Koons a développé un travail singulier, unique en son genre et novateur, qui a fait de lui une référence parmi les plus importantes en art contemporain. Tout au long de sa carrière, et avec leurs propositions surprenantes, ses expositions ont toujours su frapper les esprits, tant ceux des critiques que ceux du public. Pour la première fois en Espagne est ainsi offerte au public une vision complète sur l’œuvre d’un artiste préoccupé par les notions d’acceptation de soi, la célébration de notre monde et l’affirmation de l’être par le biais de l’art. L’accrochage veut ainsi refléter cette exhortation à vivre et à percevoir le monde sans œillères, comme au premier jour. Avec cette grande rétrospective qui vient de prendre fin, le spectateur a pu découvrir une vision complète de son art, un art cohérent, structuré, profondément innovant et impressionnant. On y retrouvait notamment ses fameuses séries Inflatables, Equilibrium, Luxury and Degradation, Statuary, Banality, Kiepenkerl, Made in Heaven, Easyfun, Celebration, Popeye, Hulk Elvis, Antiquity et enfin Gazing Ball.
Considéré comme l’un des artistes les plus importants du début du XXe siècle, Egon Schiele ne fascine pas uniquement dans son pays natal, l’Autriche, où il était une figure majeure de l’expressionnisme autrichien, mais dans le monde entier. Pourtant, Schiele a passé presque toute sa vie à Vienne et en Basse-Autriche, et les divers courants culturels de la région ont eu une grande influence sur sa création artistique. Avec Egon Schiele: Almost a Lifetime, Christian Bauer apporte un nouvel éclairage sur la façon dont Schiele a développé les éléments essentiels de sa pratique créative à Tulln et à Vienne, mais aussi à Krems, Klosterneuburg, Neulengbach, et Mühling, où l’artiste fût envoyé dans un camp de prisonniers de guerre et où il put réaliser le portrait d’un certain nombre d’officiers russes emprisonnés. Avec de nombreux croquis et dessins sur les recherches de l’artiste, ainsi que quelques photographies inédites, le livre explore les différentes influences, auparavant négligées, sur le travail de Schiele, y compris son intérêt pour la technologie des rayons X et le style Art Nouveau de l’artiste et aristocrate Franz von Stuck. L’œuvre de Schiele continue d’inspirer les artistes, les critiques et les collectionneurs d’aujourd’hui. À sa mort en 1918, il laisse environ trois cents peintures, dix-sept gravures et lithographies, deux gravures sur bois, de nombreuses sculptures et 3000 dessins, aquarelles ou gouaches. Avec une sélection de sublimes reproductions à grande échelle, Egon Schiele: Almost a Lifetime présente l’artiste autrichien dans le cadre de sa patrie, y compris dans les dernières années de sa carrière. À travers les 306 pages et 200 illustrations de l’ouvrage publié par Hirmer Verlag, on retrouve le trait marqué et les poses complexes générant une multiplication de lignes obliques, des sujets dépeints par Egon Schiele: portraits, nus, auto-portraits, paysages, natures mortes, scènes de la vie quotidienne, etc. Le livre est maintenant disponible chez Hirmer Verlag ainsi que sur Amazon.fr et Amazon.com.
Segmented Realities présente un groupe de cinq peintures et dix peintures sculpturales de l’artiste new-yorkais José Parlá, suggérant des fragments culturels récupérés dans les sites urbains qui ont tous connu de grands bouleversements sociaux-culturels. Comme le font les segments de murs à La Havane, New York, Londres, ou le mur de Berlin, les sculptures de Parla témoignent des vagues successives de l’histoire qui semblent s’être inscrites sur leurs surfaces, dans le langage expressif et poétique de la rue. Ces œuvres agissent comme des parchemins dont les surfaces portent les strates des différents évènements, et sur lesquelles les nouvelles générations peuvent s’imaginer leur avenir. Publié par Damiani, l’ouvrage de 96 pages est maintenant disponible sur Amazon.com.
À l’occasion de la rétrospective qui lui était consacrée à la Maison Européenne de la Photographie au printemps 2015, Thames & Hudson/Textuel publient la première monographie dédiée à l’œuvre d’Harry Gruyaert. Ce livre offre une magistrale incursion dans l’œuvre d’un des photographes les plus talentueux de l’agence Magnum et révèle un cheminement personnel à travers la couleur. Les images qui le composent proposent un autre territoire pour la photographie : une perception émotive, non narrative et radicalement graphique du monde. Harry Gruyaert décrit la photographie comme une expérience physique, un état d’excitation. Héritier de la tradition américaine incarnée par Saul Leiter, Joel Meyerowitz, Stephen Shore ou William Eggleston, très influencé par le cinéma, Harry Gruyaert a su créer une palette chromatique extrêmement personnelle, un rouge dense, un vert qui vibre, une manière de découper la lumière et ses ombres dans le cadre. “La couleur est plus physique que le noir et blanc, plus intellectuel et abstrait. Devant une photo en noir et blanc, on a davantage envie de comprendre ce qui se passe entre les personnages. Avec la couleur on doit être immédiatement affecté par les différents tons qui expriment une situation.” Harry Gruyaert. Qu’il s’agisse de la Belgique, du Maroc, des États-Unis, de Paris ou de Moscou, aucun sujet ne compte en tant que tel. Tous constituent des réservoirs d’inspiration et d’impressions rétiniennes. À Anvers, alors qu’il joue au foot en culotte courte, Harry Gruyaert va chercher le ballon dans les hautes herbes qui lui caressent les cuisses. La lumière est belle, son esprit s’échappe du terrain. Le photographe décrit ce moment comme une libération des sens, comme le point de départ de sa quête de sensation. Le livre propose une sélection de 80 photographies à travers 144 pages. La préface de l’ouvrage est quant à elle écrite par François Hébel, qui fait le récit du parcours du photographe. Disponible dès maintenant sur Amazon.fr et Amazon.com.
Le Huntington Beach Art Center accueille depuis le weekend dernier une grande rétrospective de l’artiste local Ed Templeton. Ce dernier y présente une grande sélection d’œuvres avec de nombreuses photos, toiles, dessins, sculptures, etc. L’artiste fait également appel à sa femme Deanna Templeton ainsi qu’à ses amis (Billy Soncho Williams, Nolan Hall, Devin Briggs, Grant Hatfield) qui présentent chacun une série de clichés. Jusqu’au 7 novembre 2015.
La Fundación MAPFRE de Madrid présente depuis le weekend dernier l’exposition rétrospective la plus complète jusqu’à ce jour consacrée au photographe tchèque, naturalisé français, Josef Koudelka (1934), membre depuis plus de quarante ans de l’agence Magnum. Ingénieur de profession, Koudelka, qui commence sa carrière de photographe vers le milieu des années soixante, est l’un des auteurs les plus influents de sa génération. Son œuvre, à mi-chemin entre la photographie artistique et le reportage, fait aujourd’hui de Josef Koudelka une légende vivante. Parmi les récompenses prestigieuses qu’il a reçues en reconnaissance de son travail, mentionnons le Grand Prix national de la photographie (1989), le Grand Prix Henri Cartier-Bresson (1991), et l’International Award in Photography de la Hasselblad Foundation (1992). Cette exposition retrace l’ensemble de son parcours, qui s’étend sur plus de cinq décennies. Le choix s’est porté sur plus de 150 oeuvres englobant ses premiers projets expérimentaux, réalisés vers la fin des années cinquante et pendant les années soixante, ainsi que ses séries historiques Gitans, Invasion et Exils, jusqu’à ses grands paysages panoramiques des dernières années. L’exposition comprend également de nombreux travaux documentaires, dont la plupart sont inédits (maquettes, brochures, revues de l’époque, entre autres), lesquels permettent d’approfondir la connaissance de l’oeuvre et du processus créatif de l’auteur. Nationalité Incertaine, le titre de l’exposition, décrit tant le sentiment d’absence d’un lieu à soi, la sensation de déracinement, si présente dans son œuvre depuis son exil de Tchécoslovaquie après l’Invasion de Prague, que son inlassable intérêt pour les territoires en conflit. Jusqu’au 28 novembre 2015.
Après l’énorme succès des premières éditions britanniques, les éditions André Frère publient une version française du grand classique de Martin Parr: The Last Resort. Membre de la prestigieuse agence Magnum depuis 1994, le photographe britannique réalise avec cet ouvrage son plus beau travail de satire de la vie contemporaine. Quand le livre voit le jour en 1986, il divise les critiques et le public. Certains y voient la plus belle réalisation à ce jour de la photographie couleur en Grande-Bretagne, tandis que d’autres considère le projet comme une aberration. Trente ans plus tard, on peut aisément affirmer que The Last Resort a transformé la photographie documentaire en Grande-Bretagne et placé Martin Parr parmi les plus grands photographes au monde. Le livre est maintenant reconnu comme un classique et est très recherché par les collectionneurs du monde entier. Oscillant entre détachement et voyeurisme, Parr observe la vieillissante station balnéaire de New Brighton et ses vacanciers avec un regard nouveau, unique et profondément troublant. Qui plus est, il photographie en couleur, ce qui, à l’époque, est considéré comme révolutionnaire pour le travail documentaire. Pour certains, ses photos semblent froides et cruelles, car il suit les classes ouvrières poursuivant désespérément leurs rêves de vacances dans ce qui ressemble à une zone industrielle en décomposition. D’autres estiment au contraire que le photographe fait preuve de tendresse, d’humour et d’humanisme. Avec une ironie mordante, Martin Parr évoque dans The Last Resort, sa nostalgie des années 60. Véritable satire amère de la Grande-Bretagne des années Thatcher, il dénonce la fin d’un monde (le monde ouvrier) et de ses valeurs, ainsi que l’avènement d’une nouvelle conception, consumériste de la vie. Alors que cette nouvelle édition conserve les mêmes images et la séquence que l’original, un nouveau texte a été commandée à Gerry Badger. Ce dernier écrit: « D’une grande importance pour la photographie britannique et européenne, ce livre montre Martin Parr en train de découvrir à la fois une pratique photographique absolument contemporaine et une manière de regarder le monde cliniquement détachée, légèrement sceptique, d’un humour ravageur, et néanmoins humaniste et engagée. » Le livre est dès maintenant disponible sur le site des Éditions André Frère ainsi que sur Amazon.fr.